mardi 10 mars 2009

Venez blogger sur blogueuses.wordpress.com

Comme vous l'avez constaté, j'ai quelque peu délaissé ce blog-ci, concentrant mes efforts sur le blog collectif que j'ai créé avec mon amie Linda en décembre dernier. Ne souhaitant pas vous laisser de côté, je vous invite donc à venir blogger avec nous à l'adresse blogueuses.wordpress.com. Au plaisir de vous y retrouver!

jeudi 8 janvier 2009

Tu sais que tu es pathétique quand...


... tu vas écrire ton indignation par rapport au dernier épisode de Grey's Anatomy sur le wall du site d'ABC et ça te semble être une démarche très brillante jusqu'à ce que tu t'aperçoives que tous les autres commentaires proviennent de filles pas trop brillantes qui réclament more kisses and more screen time for Patrick Dempsey coz he's so cute... Tu réalises soudainement que tu as pris beaucoup trop à coeur un soap qui n'est regardé que par des filles un peu simples!

mercredi 7 janvier 2009

Moi vs Catherine "Kovy" Tremblay : une lutte à finir

Nul besoin de me dire à quel point la réflexion que je m'apprête à faire est hors sujet par rapport à mes dernières crises existentielles, mais bon, tant pis pour la constance.

Depuis quelques temps, j'ai un irritant quand je fréquente le rds.ca. (J'entends déjà certains dire: "UN SEUL irritant avec RDS? compte-toi chanceuse de ne pas en avoir plus!!" mais bon, c'est un autre sujet). Il y a un bandeau publicitaire en haut de page qui inscrit en grosses lettres:
Catherine "Kovy" Tremblay. Et ça montre une fille avec un chandail du Canadien et des lunettes de secrétaire cochonne. Je n'ai pas été capable de passer par dessus l'irritation que me provoque irrationnellement cette publicité pour comprendre de quoi elle parlait, alors je ne peux pas vous dire de quoi elle fait la promotion.

Comprenez-moi bien, je ne suis pas irritée par la photo cochonne sur le thème hockey, Dieu sait que j'ai un master dans le domaine. En fait, je prenais des photos de moi avec des chandails de hockey quand Catherine "Kovy" Tremblay était probablement aux couches. Je n'ai rien contre les groupies, sachant que mon amour du sport et du Russe dépasse souvent les limites acceptables et que j'ai moi-même une légère tendance à la groupierie. (Hé oui, j'avais l'illusion que c'était terminé mais l'excitation que j'ai ressenti en décembre dernier simplement à me retrouver dans le même ampithéâtre que Sergei Fedorov m'a prouvé le contraire...)

Par contre, je réprouve qu'on s'instrusionne dans ma chasse gardée: les joueurs de hockey russe. Je suis la plus grande fan... groupie... appelez ça comme vous voulez! ... des joueurs de hockey russes. Point final. Catherine "Kovy" Tremblay ne peut me disputer le monopole mondial de l'amour des joueurs de hockey russes, et voici pourquoi :

1 - Je chéris non seulement les joueurs de hockey russe, mais l'entièreté de la russophonie depuis plus de 12 ans. 12 ans, c'est un baccalauréat, une maîtrise, un docc et le début d'un post-docc. On peut donc me considérer comme une spécialiste dans mon domaine. À côté de moi, Catherine "Kovy" Tremblay est en deuxième année et apprend à tracer ses lettres attachées.

2 - Est-ce que Catherine "Kovy" Tremblay se lève trois matins par semaine pour aller suivre des cours de russe, une langue qui vous rejette quand vous ne demandez qu'à l'aimer ? Est-ce qu'elle passe ses soirées à lire des "R" à l'envers et à essayer de retenir les exceptions du génitif pluriel ? Je ne pense pas !

3 - Est-ce que Catherine "Kovy" Tremblay s'est fait chier dessus en Russie pendant 3 mois mais est tellement en amour avec ce pays qu'elle redemandait plus de caca sur la tête à la fin de son séjour ?

4 - Est-ce que Catherine "Kovy" Tremblay aurait fait 15 heures de route et dépensé 350 $ pour aller voir jouer un joueur de hockey russe à New York ?

5 - Et est-ce qu'elle prévoie le refaire à la première occasion ??

Bref, pour toutes ces raisons, je réclame le monopole mondial de l'amour des joueurs russes et j
e demande à Catherine "Kovy" Tremblay de renoncer officiellement et définitivement au "Kovy" placé entre son prénom et son nom de famille. Cesse, Catherine, tu ne trompes personne!


mercredi 31 décembre 2008

Pensée du Nouvel An : solidarité à la Palestine


Pour la majorité d'entre nous qui ne connaissont à peu près rien du conflit israélo-palestinien, sinon que les Palestiniens se font exploser et que les Israéliens répondent en leur tapant dessus, ce qui produit une impression d'incompréhension mêlée de l'opinion fort inutile que "ces gens-là seront toujours en guerre", voici un résumé très, très sommaire des origines du conflit.

Dans l'Antiquité, il existait une État juif, le royaume d'Israël, en Palestine. Cet État a fini par être conquis et les juifs sont été dispersés à travers le monde: ça s'appelle la diaspora et ça explique pourquoi à l'aube du 20e siècle, il y avait des juifs un peu partout dans le monde. Tout au long de leur histoire de peuple apatride, les juifs ont été victimes de persécution: dès le Moyen Âge, ils étaient mis dans des ghettos (le mot a d'ailleurs été inventé juste pour eux en Italie), accusés de toutes les épidémies, de toutes les famines, et persécutés; forcés de se distinguer en portant, notamment, l'étoile de David, etc. La Russie avec ses pogroms (massacres de juifs organisés), était particulièrement active du point de vue de la persécution. Ainsi, l'holocauste orchestré par les Nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale ne doit pas être perçue comme un phénomène isolé, mais bien comme "l'apothéose", horrible il est vrai, d'un phénomène latent depuis des siècles.

En 1945 donc, l'Occident découvre le génocide juif, organise de vaste procès pour condamner les coupables et invente une série de termes pour définir ce qui venait d'arriver: "génocide", "crime contre l'humanité", etc. Surtout, la communauté internationale a permis la reconstitution d'un État d'Israël: ainsi, mettant un terme à leur condition d'apatride (sans patrie), les juifs pouvaient retourner vers la "terre promise" et y vivre dans un État qui était le leur. (Ce mouvement s'appelle le mouvement sioniste: retour vers la terre de Sion).
Ça sonne très bien comme ça, surtout au sortir du plus effroyable génocide de l'histoire de l'humanité. Mais il y avait quelques petites difficultés techniques. La première, c'était que la Palestine n'était plus inoccupée: depuis des siècles, des Arabes y vivaient maintenant, les Palestiniens. L'ONU a soigneusement découpé le territoire, mais d'une façon qui ne faisait pas l'unanimité, ni d'un côté, ni de l'autre. La question de la ville de Jérusalem était particulièrement délicat, vu son importance religieuse tant pour les juifs que pour les musulmans (et pour les chrétiens aussi, d'ailleurs), et c'est pourquoi elle a été placée sous le contrôle de l'ONU. Les Palestiniens, supportés par l'ensemble des pays arabes, ont rejeté le plan de partage. Bien que les accords de partage prévoyaient la création d'un État palestinien, celui-ci n'a jamais été officiellement créé et les Palestiniens se sont retrouvés à leur tout apatrides. Au cours des nombreuses guerres qui ont éclaté entre Israël et la Palestine, Israël a grignoté du territoire palestinien (dont Jérusalem, qu'elle a déclaré être sa capitale - mais la communauté internationale ne l'a pas reconnue comme telle) qu'elle occupe militaire. Les Palestiniens des territoires occupés se retrouvent, pour la plupart, dans des camps de réfugiés. Ces camps sont d'excellents foyers de terrorisme, on le conçoit facilement: des milliers de personnes détenues sur leur propre territoire ou rejeté de celui-ci, c'est effectivement un terreau idéal pour la violence.

Israël a un allié de taille, les États-Unis, qui le fournissent notamment en armes, ce qui explique l'incroyable supériorité de ce minuscule État sur leur voisins arabes. Il bénéficie également de l'appui tacite de la communauté internationale qui n'ose pas contester ses politiques. On sait déjà que de contester Israël, c'est encourir d'être taxé d'antisémite, comme si l'un avait un lien avec l'autre. À cause de la complaisance de la communauté internationale, encore porteuse de son sentiment de culpabilité hérité en 1945, les Palestiniens sont laissés à eux-mêmes. La vérité est qu'Israël utilise des moyens de répression absolument discutables et qu'il faudrait au moins avoir le courage d'en discuter.

L'actualité prouve que le problème n'est pas réglé. Aujourd'hui, Israël a fondu sur la Palestine avec toute la force de son armée pour répondre à un acte terroriste complètement disproportionné. Et la communauté internationale se contente de grimacer sans rien dire, comme si les Israéliens étaient intouchables.

Il ne s'agit pas de contester l'horreur du génocide juif que de s'insurger contre les politiques de l'État d'Israël. La culpabilité ne doit pas faire perdre son sens critique. C'est facile de blâmer les Palestiniens pour leurs actes terroristes (qui sont blâmables, en effet), mais il faut aussi prendre en considération l'état démuni dans lequel ils se retrouvent avant de porter un jugement. À mon avis (mais il ne s'agit que d'un opinion sans prétention) et aussi peu politically correct que ça puisse paraître, je considère que la communauté internationale a été irresponsable d'autoriser la création d'un État d'Israël dans un territoire appartenant à un autre peuple. Il serait temps qu'elle prenne ses responsabilités pour venir en aide au peuple qui est maintenant opprimé par sa faute. Surtout, il est temps d'arrêter de se laisser intimider par Israël à cause de la vieille culpabilité de 1945. Israël est un État qui pose des gestes politiques. De les critiquer n'a rien à voir avec le sentiment qu'on a face au peuple juif. Point à la ligne!










lundi 29 décembre 2008

Épiphanie d'après Noël

Je ne suis pas quelqu'un de particulièrement empathique. Je ne donne jamais d'argent aux sans-abris parce que, quoiqu'on en dise et aussi mal que ça puisse paraître de la part d'une fille choyée par la vie comme moi, je ne comprends pas qu'on se retrouve à quêter pour survivre au Québec. Si je voulais contribuer à lutter contre la pauvreté au Québec, il est certain que je donnerais de l'argent à un organisme et non à un itinérant qui quête, car je considère que cette deuxième option non seulement n'aide pas mais contribue à aggraver le problème. Je n'éprouve pas de compassion pour les filles qui ont des chums merdiques: à mon avis, si elles n'ont pas le courage de s'en aller, elles n'ont que ce qu'elles méritent. Bref, je ne crois pas avoir besoin d'élaborer plus longuement sur mon manque d'empathie pour les faibles et les miséreux: j'ai là-dessus un petit côté regrettablement républicain de "on a ce qu'on mérite dans la vie" et "aide-toi, le ciel t'aidera".
Certaines choses, par contre, me touchent profondément. J'avais été bouleversée par l'histoire des filles excisées, tant pour la cruauté physique de la chose que pour l'épouvantable symbolique du geste; en Russie, j'avais été sous le choc de voir des jeunes femmes quêter avec leur bébé dans les bras, et encore plus lorsqu'un ami m'avait parlé d'un possible trafic de bébés drogués fournis par la mafia russe pour stimuler la générosité des passants; j'avais été horrifiée par le génocide rwandais; et je suis toujours aussi révoltée par le sort du peuple palestinien, l'un des plus opprimés du monde (je n'oserais pas dire "le plus opprimé", par conscience de mon ignorance personnelle sur la question et parce que j'ai toujours défendu que le malheur ne se quantifie ni se compare). Aujourd'hui, nouvelle horrible découverte: un reportage sur les orphelins de Ceausescu, en Roumanie. Dans le cadre d'une politique nataliste, le président communiste roumain avait interdit l'avortement et, si j'ai bien compris, la contraception. Comme le niveau de vie était désastreux, il en a résulté une véritable culture d'avortements illégaux (une femme déclarait dans le reportage: "la femme roumaine apprend à cuisiner, à élever des enfants, et à pratiquer des avortements") et une tonne d'enfants abandonnés. Les enfants étaient donc stockés dans des conditions déplorables, à peine nourris, jamais changés, très peu touchés. Pour tenter de sauver des enfants mourant de faim, on a eut l'idée géniale de leur donner des transfusions de sang provenant du sang des travailleurs du port. Des transfusions de sang provenant de marins, en pleine décennie 80: évidemment, il en a résulté une épidémie de sida. Plus que tout autre, ces enfants séropositifs étaient abandonnés à eux-mêmes et mourraient sans jamais avoir été bercés. Les images de ces enfants étaient particulièrement troublantes: ils n'avaient pas les rondeurs des bébés mais avaient plutôt l'air de minuscules adultes décharnés, couverts de plaies et chauves. Le reportage parlait aussi du "trafic" de l'adoption: ces grosses Américaines qui arrivaient à Bucarest en disant: "Je veux un enfant blond aux yeux bleus", comme s'il s'agissait de l'achat d'une voiture. Particulièrement insultant pour les dames qui s'occupent de leur mieux de ces enfants délaissés.
En voyant ces femmes dévouées à la cause des orphelins, j'ai pris la pleine mesure de l'inutilité de ma propre existence. C'est quoi mon temps des fêtes? Me coucher à quatre heures du matin et me lever à deux heures de l'après-midi, et n'avoir rien fait d'important ou même de notable entre-temps. Plus généralement dans ma vie, je constate que je ne fais jamais rien pour rien: le travail pour l'argent, l'école pour les résultats... Mortifiée de mon inutilité humaine, j'ai filé 100$ à l'UNICEF Russie, mais ça n'a pas vraiment comblé mon soudain et urgent vide intérieur! Qu'est-ce qu'on fait quand on se réveille soudainement dans la mi-vingtaine et que ce n'est plus si valorisant de vivre de débauche en débauche, de ne jamais se faire chier par personne et de ne penser qu'à
sa carrière, sa vie, ses amours, qu'à soi-même au fond ? Quelqu'un a de l'inspiration ?




mercredi 26 novembre 2008

On vieillit

Ce n'est pas seulement en comptant les années qui nous séparent de la prime jeunesse (comme on disait jadis pour signifier l'adolescence) qu'on s'en aperçoit, quoique cette opération soit éloquente. Douze ans que je suis entrée au secondaire et sept ans que j'en suis sortie ! Neuf ans depuis ma première brosse et mon premier baiser (survenus le même soir, étrangement) ! Presque cinq ans que le cégep est terminé, et déjà quatre ans d'université ! Je vais avoir vingt-cinq ans. Comme on le sait, l'âge est tout relatif : à vingt-cinq ans, Claude de France avait eu le temps d'être mariée pendant dix ans, d'avoir huit grossesses et de mourir. Alexandre le Grand avait déjà conquis l'un des plus grands empires du monde ! Personnellement, bien que je n'ai rien conquis (encore), je suis assez satisfaite du chemin parcouru, quoique je sois toujours possédée par ce sentiment d'urgence d'avoir trop à faire et trop peu de temps pour le faire. Sentiment qui me fait regarder le temps perdu avec regret et compter les années qui passent le coeur serré. Même si je n'ai que vingt-cinq ans - l'âge ou l'on est aimable et ou rien n'est plus beau que d'aimer, d'après Molière -, j'ai la nostalgie du temps qui passe, même si les gens déjà vieux ne me le pardonnent pas.
N'empêche que statistiques mises à part, reste qu'on vieillit. Ça me saute aux yeux quand j'organise une petite soirée entre amis. Je suis une organisatrice frénétique d'événements depuis le jour ou j'ai eu mon premier appartement à 17 ans. Soupers par dessus soupers, partys à toutes les occasions, sorties, voyages : c'est une fixation pour moi de déquotidienner le quotidien. Depuis mes 17 ans, c'est à peu près toujours les mêmes amis que j'invite, à l'exception près de nouveaux amis d'université et de travail qui se comptent sur les doigts de la main. À l'époque du cégep, on faisait des fondues géantes à trois bols (chacun devait apporter sa viande parce qu'on était trop pauvres pour financer le souper) et on se saoulait avec de l'alcool cheap, vin de dépanneur ou Milwaukee's best dry pour ne citer que deux classiques. Il n'y avait à peu près jamais de chums ou de blondes : la plupart d'entre nous n'en avaient pas, et ceux qui en avaient ne mélangeaient pas amitié et amour car c'était criminel de laisser le second interférer avec le premier. Et puis, ça finissait dans un bar à danser sur Lady Marmelade et à saouler encore plus. Lorsque les doormen nous avaient kické dehors à trois heures et demi, c'était alors l'heure de la poutine de chez Pauline qu'on se payait en grattant le fond de son porte-feuille juste avant de rentrer chez soi et d'attraper quelques heures de sommeil avant d'aller à son cours d'actualité internationale, cernés, l'estomac à l'envers et très contents de soi.
Those days are gone, c'est la moindre chose de le reconnaître. D'abord, la plupart d'entre nous avons perdu le feu sacré de bars : on va dans des pubs pour prendre une bière et pour jaser, mais on ne danse plus vraiment. Pourtant, on aurait enfin les moyens de se payer autre chose que la bière en rabais contrairement à l'époque du cégep ! Mais le coeur n'y est plus. Les soupers sont souvent animés, bien arrosés (il y a des bonnes habitudes qui ne se perdent pas!), mais le plus souvent on préfère une bonne discussion de salon aux pistes de danse. Et les discussions, lorsque sont épuisés les sujets d'actualité et les nouvelles sur nos vies respectives, ont tendance à prendre un tournant qui m'aurait horripilié il y a cinq ans à peine : bébés, maisons, placements. Le pire c'est que je suis comme ça moi aussi. Moi qui, en entrant à l'université, ne me sentais vivante si je ne sortais pas quatre soirs par semaine et si je n'avais pas des histoires croustillantes qui ressortaient de ces soirées-là. Moi à qui l'idée d'une relation stable levait le coeur, moi qui, pour la première fois de ma vie, songeait à ne jamais avoir d'enfants pour continuer à mener une vie irresponsable pour toujours - me disant que ça ne me passerait jamais, cette obsession des bars et du plaisir.
Eh bien, ça a passé, et étrangement rapidement. Il y a deux ans, d'être tombée enceinte par accident aurait été un drame inommable. J'avais tant à voir, tant à faire, tant à vivre, j'étais si assoiffée d'émotions fortes, que je ne voyais pas venir le jour ou un bébé ne signifierait pas pour moi "servitude et ennui". En quelques mois, la transformation s'opère. On se lasse des bars et de ce genre de plaisir-là qui n'amuse plus tellement au fond. Au lieu d'avoir l'impression que de s'attacher à un gars serait s'en aliéner des milliers d'autres, on prend plaisir à chouchouter quelqu'un. À avoir des petits bonheurs tranquilles avec lui. À faire des projets avec lui. Soudainement on s'aperçoit qu'on a plus de plaisir à souper au resto avec lui et les amis qu'à se saouler jusqu'à rouler en dessous de la table. On a envie de stabilité, le mot qui faisait tellement peur avant! Et on devient fou des joues roses de bébé. On se dit que ça serait peut-être ça le vrai bonheur, d'en avoir un à soi. De s'épuiser pour lui, de perdre de l'argent à cause de lui, d'être condamné à un emploi peu stimulant pour lui. Parce que ça a beau être agréable d'être libre et de se lever à midi, mais quand on se couche et on contemple sa journée, on s'aperçoit qu'on n'a rien fait qui compte vraiment.
Or donc on vieillit. C'est indéniable, et c'est correct. Même si, dans cette période de transition, on doit subir les reproches des amis encore sur le party qui nous disent que vraiment, on n'est plus ce qu'on était. Je les comprends d'un certain côté : la plupart sont célibataires et ont envie de s'amuser, comme moi pendant longtemps. Je les comprends aussi d'être furieux contre les couples qui viennent à s'autosuffire et à ne plus mettre le pied dehors l'un sans l'autre - et ça, c'est lorsqu'on réussit à les convaincre de se coucher après 21 h. Moi aussi, ceux-là me purgent profondément - et vous me tuerez si je deviens comme ça, à tout le moins avant d'être clouée à la maison par la marmaille.
On vieillit et c'est rassurant. Rassurant pour quelqu'un comme moi qui est si angoissée par l'idée de devenir vieille de constater que lorsque ça va arriver, je serai prête pour ça: It's amazing, when the moment arrives, that you know you'll be allright... Et c'est emballant aussi d'aborder une nouvelle étape, malgré les quelques nostalgies qui peuvent survenir en cours de route. De toute façon, on n'a pas le choix, car comme disait l'une de mes profs d'université : "Il faut vivre avec le vieillissement car il n'y a aucune alternative intéressante à ça." Après tout, c'est un privilège de vieillir et d'accumuler toutes ces années de vécu. Ce n'est pas donné à tout le monde d'avoir cette chance...




















lundi 17 novembre 2008

Le purgatoire de la maîtrise en histoire

Admettons-le d'emblée: la maîtrise en histoire, c'est plate. J'étais naïve et j'imaginais que j'allais enfin pouvoir travailler sur un sujet qui m'intéresse. Fini les cours à option inutiles et inintéressants!, m'étais-je exclamée naïvement. La vérité c'est que non seulement la première année de maîtrise est une série de cours pigés au hasard dans un grand (enfin, pas si grand que ça) bocal de cours, mais qu'en plus les cours en question ne touchent même pas directement à l'histoire mais bien à l'historiographie. L'historiographie, c'est l'histoire de l'histoire. Vous avez bien compris: l'étude des historiens, des méthodes historiennes et des courants historiographiques. Je comprends la pertinence d'étudier ça - après tout, c'est une grosse partie du mémoire que de "situer sa recherche dans l'historiographie" -, mais je persiste à n'y voir aucun intérêt. Plongée dans des textes indécemment longs sur "comment écrire l'histoire", faisant mine d'être passionnée par des querelles de mots et de définitions et philosophant indigestement sur l'école des Annales versus la microhistoire, ou encore sur les différences entre l'histoire sociale, l'histoire des sensibilités, l'histoire des représentations et l'histoire des moeurs, j'en viens à trouver que l'histoire n'est au fond que de la masturbation intellectuelle et j'en oublie ce qui me plaisait tant en elle. J'en suis quitte pour relire pour la énième fois une biographie des maîtresses de Louis XIV: pas besoin de disserter longtemps là-dessus, il s'agit d'une "histoire de couchette", et je ne m'en lasse pas! Ce qui m'amène à réfléchir: peut-être que l'histoire intellectuelle et universitaire, ce n'est pas trop mon fort. Peut-être que je devrais m'en aller à Paris, fouiller les archives nationales et écrire mes propres histoires de couchette. Peut-être que je ne suis qu'une vulgaire vulgarisatrice de l'histoire. (Comprenez-moi bien: je suis capable de produire de l'histoire universitaire si je veux, le problème c'est que ça ne m'amuse pas tellement.) Peut-être...
Ma dernière vexation universitaire a été ma sélection de cours pour la prochaine session. J'étais naïve: je pensais pouvoir m'en sortir avec une lecture dirigée par mon directeur de maîtrise. Je mourrais d'envie de laisser Marc Bloch tranquille et de me plonger dans mon mémoire, bref, d'avoir une prochaine session moins chiante et moins abstraite que celle-ci. Or voici ce que mon irréductible directrice des programmes de cycles supérieurs répondit à ma requête, pourtant si aimablement amenée: "Il n'en est pas question." (Avouez que ça a le mérite d'être clair, à défaut d'être gentil et coopératif.) Et d'enchaîner sur le fait que le programme de maîtrise est supposé me donner une formation "ouverte et diversifiée en histoire". Comprendre: random et inutile. Et de me coller aussitôt un cours d'historiographie de l'Antiquité. C'était ça ou le Bas-Canada pré-industriel -- et il y a des limites à ne pas franchir dans l'aliénation intellectuelle. Mais pensez-y deux secondes. L'Antiquité! Ce n'est pas que je ne meurs pas d'envie de savoir quels sont les obstacles rencontrés par les Antiquisants lorsqu'ils déterrent leurs artéfacts en Mésopotamie, mais j'émets quand même des doutes sur le fait que ça me sera utile soit pour mon mémoire, soit dans ma vie en générale. Perdre son temps en beauté, voilà comment ça s'appelle. Et c'est la réponse que j'attendais à la question: "Pourquoi est-ce qu'on a besoin de deux ans pour rédiger un mémoire d'à peine cent pages?" C'est parce qu'on nous fait perdre notre temps pendant un an avant de nous permettre d'à peine SONGER à nous consacrer à notre mémoire, voilà pourquoi.
Donc vous l'aurez compris, je m'emmerde et je suis démotivée. Je compense donc mon profond emmerdemment intellectuel par l'organisation frénétique d'activités sociales et par l'abus d'alcool. J'ai commencé à boire du vin (non par élégance, mais parce que la bière ça fait grossir), et comme je ne fais rien avec modération, j'ai de gros maux de tête ces temps-ci. Et comme mes cours de russe sont les matins, ils en prennent pour leur rhume. À côté de la frénésie d'activités sociales et des maux de tête, je fais des projets d'avenir avec Perfect Boyfriend. Rien de mieux pour tromper l'ennui dans le présent que de se projeter dans le futur. Maison, bébés, mariage, la totale. Et Marc Bloch n'est jamais dans les considérations! Et Perfect Boyfriend a semé la stupéfaction en annonçant qu'il ne verrait pas d'inconvénient à m'entretenir tandis que j'élève avec tendresse nos rejetons... Personnellement, je ne crois pas que je me tape une maîtrise pour finalement changer des couches toute ma vie, mais, dans mon désespoir intellectuel actuel, c'est une perspective qui mérite qu'on y réfléchisse...