jeudi 25 octobre 2007

Jacques Brel contre Black Eyed Peas, une lutte à finir

J’aimerais être capable d’aimer comme dans une chanson. À grands coups de : ‘‘I will always love you”, et de “I can’t live if living is without you”. Ça sonne bien dans la bouche des autres. Mes chansons d’amour préférées sont les plus limpides, les plus simples, celles qui parlent d’amour absolu avec d'une conviction inébranlable. À ce titre, Jacques Brel est mon parolier préféré. Il est le seul à pouvoir faire rimer « amour » avec « amour » sans que ça sonne ridicule. Il exprime l’amoureux qui s’offre à nu, dans toute sa vulnérabilité, sachant parfaitement les risques qu’il encourt à trop aimer, mais qui s’en fout éperdument, aveuglé dans sa quête d’amour absolu.
« Aimer, jusqu’à la déchirure / Aimer, même trop, même mal / Tenter, sans force et sans amure / D’atteindre l’inaccessible étoile...» (La Quête, Brel)
J’aime aussi les chansons d’amour d’Edith Piaf, qui sont d’une simplicité désarmante, mais qui expriment un amour vrai sans faux-fuyants, sans figures de style compliquées, seulement des « je t’aime » plein la gueule.
« Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer / Et la terre peut bien s’écrouler / Peu m’importe, si tu m’aimes / Je me fous du monde entier / Tant que l’amour inondera mes matins / Tant que mon corps frémira sous tes mains / Peu m’importe les grands problèmes / Mon amour, puisque tu m’aimes... » (L'hymne à l'amour, Piaf)
J’ai longtemps été charmée par ce qui m’apparaissait comme un paradoxe : qu’ayant une vie sentimentale si compliquée, je sois à ce point séduite par les chansons d’amour les plus simples ; qu’ayant des doutes sur l’amour qui rime avec toujours, sur la vie de couple en général, je sois si touchée par ceux qui chantent : « Quand on n’a que l’amour / Pour parler aux canons / Et rien qu’une chanson / Pour convaincre un tambour / Alors, sans avoir rien /Que la force d’aimer / Nous aurons dans nos mains / Amis, le monde entier.» (Quand on n'a que l'amour, Brel)
Finalement, j’ai réalisé que ça n’avait absolument rien d’un paradoxe. C’est tout simplement ce à quoi j’aspire, mais sans avoir trouvé la façon de le mettre en œuvre. Longtemps, la phobie de l’engagement – entendre : des discussions à n’en plus finir sur le thème de « notre relation », de l’ennui, du cœur brisé surtout –, m’a retenue de m’engager avec un homme en particulier. J’étais bien décidée, cette année, à arrêter de me cacher derrière mon vieil argument étriqué de « j’ai eu le cœur brisé et maintenant j’ai peur des relations sérieuses » pour me lancer dans une nouvelle relation, parce que je craignais sérieusement de devenir une vieille fille avec ses habitudes, son inflexibilité et son autosuffisance. Evidemment, je ne suis pas assez accro des relations pour m’engager à tout propos avec n’importe qui, et il faut quand même trouver le candidat-clé avant de se lancer tête la première dans ce raz-de-marée qu’on appelle le «couple». Mais dans l’échec de mes tentatives pour renouer avec l’amour, c’est évidemment moi que je dois pointer du doigt en premier. D’abord, mon incapacité à choisir des hommes qui sont bien pour moi, qui est une habitude de célibataire endurcie de ne s’attacher qu’à des gars aussi célibataires endurcis qu’elle de peur de glisser malgré elle dans un couple inattendu ; ensuite, mon extrême difficulté à me montrer vulnérable avec un homme. J’ai complètement perdu ma capacité de discuter et d’exprimer ce que je ressens face à un homme. La solution facile, c’est toujours de dire : « Je m’en fous et je m’en vais. » Ce qui furent mes deux arguments lors de ma rupture avec mon dernier chum, d’ailleurs. La vérité, c’est que si j’ai de l’expérience avec « les hommes », je n’ai pas d’expérience avec « un homme », dans le sens d’intimité, de relation suivie. Cette crise existentielle du couple, qui est née chez moi à mon retour de voyage et qui ne cesse de s’intensifier depuis, m’a fait réaliser tous les subterfuges que j’ai utilisés pour m’éviter de me refaire briser le cœur, et qui ne sont pas des plus heureux pour bâtir une relation amoureuse saine. Le premier est le plus évident : le fait de toujours « dater » plus d’un gars en même temps pour qu’il y ait toujours quelqu’un avec qui oublier la peine qu’un autre peut me faire, pour qu’il y ait toujours un back-up quand l’un m’aura rejetée, pour qu’ainsi je ne me retrouve jamais seule à me sentir désolée pour moi-même en pensant à un gars qui ne le mérite pas, mais en pouvant au contraire l’oublier avec un autre. De s’offrir à un seul homme, c’est de s’offrir vulnérable, sans porte de sortie si ça tourne à son désavantage. C’est la bonne vieille stratégie de duplicité pour n’être jamais pris au dépourvu. Evidemment, c’est la première habitude à perdre dans mon cas. C'est là où en est ma réflexion aujourd'hui...
J’ai l’impression de ne rien connaître de l’amour et de ne rien lui comprendre non plus; c’est, à mes yeux, un casse-tête deux mille morceaux représentant un tableau d’art impressionniste – moi qui n’ait jamais été capable de faire plus qu’un tableau de dix morceaux pour les enfants de cinq ans. Mais je suis trop jeune pour être amère, cynique, désespérée. Il me faudrait plus de Brel et moins de Black Eyed Peas. Le pronostic n’est pas des plus encourageants, mais il me semble que je trouve des pièces au puzzle, sans toujours savoir quoi en faire, mais c’est mieux que rien. Lentement mais sûrement, comme dirait l’autre. En essayant cette fois-ci de tenir mes résolutions et de ne pas avoir une rechute de célibat…

1 commentaires:

attentatverbal a dit…

pas sur que tu lises vu la date de publication...
Peut etre as tu ENFIN trouvé 'amour

juste desu reflexions qui me viennent apres lecture...
Les choses ne changent pas cequi change c est ta façon de regarder les choses...
et
Etre partagé entre la peur de rencontrer l'autre et la nécéssité de le faire...