mardi 27 novembre 2007

L'heure du premier bilan de vie

Je viens de terminer ma troisième relecture de La mort d'Ivan Illitch, une nouvelle de Tolstoï que j'aime pour diverses raisons: parce qu'elle est russe, parce qu'elle est de Tolstoï et qu'il a un don unique pour décrire les états humains, surtout les angoisses viscérales des hommes, et plus précisément de la mort, une angoisse qui m'est familière depuis toujours. Comme j'ai mis la main sur une version français et russe, je m'en sers pour faire un peu de traduction. Comme son nom l'indique, cette nouvelle retrace le parcours d'un homme qui doit affronter l'idée de sa propre mort, après une vie comme toutes les vies, «très simple, très ordinaire, et parfaitement atroce». Il n'en fallait pas plus pour me plonger dans une réflexion qui m'est coutumière: qu'y aurait-il à dire de ma vie si je mourrais demain, comme ça, sans crier gare, à vingt-trois ans ?

Alors, j'ai entrepris de retracer les accomplissements de mes vingt-trois années de vie presque révolus déjà.

Voilà ce qu'il y en a à dire :


Ma vie, par moi


1984. 14 mars. Naissance de Marie Mylène Joannie Daigneault, c'est à dire, moi, dans la belle ville de Québec. Parents de la classe moyenne, mère fervente pratiquante catholique.




1984-1989. Années préscolaires, d'abord avec ma mamie qui nous garde à la maison en nous gavant de petits gâteaux au crémage multicolore, puis avec ma mère qui abandonne son emploi pour se consacrer à temps plein à ses trois filles, dont l'aînée gravement malade demande de soins constants. Enfance baignée d'amour, de discipline, de sévérité, d'un accent très fort mis sur l'école et sur Jésus-Christ. Enfance heureuse, avec des parents très présents.




1989-1996. Années primaires à l'École Dominique-Savio et à l'école Sainte-Monique, toujours à Québec, aux Saules. J'expérimente alors toutes sortes de cours dans le genre peinture, dessin, badminton, ballet, en marquant une forte préférence pour tout ce qui est le dimanche matin de façon à manquer la messe dominicale. Je commence en 1994 à jouer au soccer, ce qui est une activité sociale de filles davantage qu'un sport et nous consacrons l'essentiel de la saison à nous plaindre de la couleur orange de nos chandails (pourquoi c'est toujours les gars qui ont le chandail vert?!) Je suis inséparable de mon amie Christine, qui reste au coin de ma rue, avec qui je m'adonne surtout à de la création artistique en tout genre; ces activités laissent présager son grand talent pour les arts plastiques et le mien pour l'écriture. Nous sommes deux premières de classe et tout ce qu'on fait ensemble est couronné de succès.




1996: J'entre à l'école secondaire, dans le public, à La Camaradière, à Duberger. Je suis toujours inséparable de Christine et je suis aussi disgracieuse que possible: coupe carrée, avec un horrible toupet. Nous sommes dans le groupe «performant», qui ne performe pas vraiment, mais qui crée un groupe uni dans le même genre que tous les jeunes de cet âge-là: agités, cherchant toujours à faire des mauvais coups, mais de bonnes personnes somme toute inoffensives. Je m'invente un amour pour un gars idiot de secondaire 4, qui sera ma fixation de 2 prochaines années.



1997: Secondaire 2: période dark. Je déprime, mais surtout je m'ennuie. Christine et moi passons la majorité de nos soirées à ne rien faire, à nous promener et à ruminer sur la platitude de la vie. Ma mère doit être opérée au cerveau, ça aggrave mon état d'angoisse et de crise, en plus de renforcer mon obsession déjà bien acquise avec la maladie de ma soeur pour la mort. Nous nous habillons de façon de plus en plus médiocre, grunge, comme Kurt Cobain. L'hypersexualisation des jeunes, c'était vraiment pas notre truc.



1998: Secondaire 3 : je commence à jouer au hockey. La passion du hockey s'était déclarée l'année d'avant et j'avais commencé à dévorer des livres sur les grands joueurs de hockey de tous les temps. J'ai joint une équipe féminine à Ste-Foy tout à fait médiocre, mais pleine d'enthousiasme. De profondément nulle, je passe lentement à supportable. J'atteindrai d'ici la fin de ma carrière de hockeyeuse le rang de «dans la moyenne». Ma vie devient plus gaie: le hockey m'occupe du temps et des pensées, je me valorise par là, et cette nouvelle passion en même à une autre: Sergei Fedorov et la Russie. C'est la période où je commence à lire sur Pierre le Grand et même à essayer d'apprendre le russe à l'aide de cassettes (effort sans lendemain). Christine et moi sommes aussi dans «l'option éducation physique», on fait de l'éduc presque à tous les jours. La vie est moins moche. J'ai un gros bégin sur le coach des gardiennes de but de mon équipe (alors, évidemment, je suis profondément jalouse des gardiennes de but!)



1999: Secondaire 4 : année des «maths fortes», où je détruis complètement ma confiance en moi en découvrant que je suis beaucoup plus nulle que mes amies en maths, raison suffisante pour que ma professeure me tyrannise. Avec mon amie Nancy (car oui, mon cercle d'amies s'est enfin élargi!), je deviens la fan numéro 1 des Remparts et surtout de leur joueur slovaque, Kristian Kudroc, parce qu'il ressemble à Draco dans Rocky IV. Nous allons voir tous leurs matches à domicile du vendredi et nous fantasmons sur eux le reste du temps. Cette passion me permet de survivre à ma vie emmerdante. J'ai décidé en cours d'année que je voulais être journaliste sportive et que je devrai faire mon cégep à Jonquière, en ATM. Je travaille comme une folle pour avoir la moyenne qu'il faut. Je passe l'été en Ontario, à garder des triplés de six mois, supposément pour apprendre l'anglais (quoi de mieux pour apprendre l'anglais que de dialoguer avec des bébés de six mois?)




2000. Secondaire 5. Je deviens impliquée dans le comité de l'album étudiant, ce qui occupe mes midis. J'ai enfin lâché les maths fortes, ce qui me simplifie grandement la vie, mais pas le hockey, qui occupe mes soirées. Kristian Kudroc est parti de Québec: coeur brisé. Bal de finissants, après-bal, été à travailler à La Capitale groupe financier - ce qui m'ennuie et me donne une frousse terrible du marché du travail.




2001-2004: Années du cégep, à Jonquière. Nouvelle ville, nouvelle école, nouveaux amis, nouvelle vie en appartement: d'abord dépassée par les événements, je me mets très vite à adorer ma nouvelle vie. Mes nouveaux amis me ressemblent et je noue des liens très forts avec certains d'entre eux. Mon programme d'études en communication me plaît beaucoup et je choisis l'option radio pour m'écouter parler à souhait. Je me fais en mars 2002 mon premier chum, le premier amour de ma vie: Mathieu-Leu-Leu. Notre rupture, survenue en septembre 2002, me brise le coeur et je passe les six mois suivants dans le néant le plus total. Brève relation avec Mathieu2 en décembre 2002, suivie d'une rupture qui me vaut un ennemi mortel. Pendant les deux prochaines années, ce sera des allers-retours entre Mathieu-Leu-Leu et d'autres mecs de moindre importance. Jonquière, années marquées par de grandes amitiés, par les abus d'alcool répétés, les partys, et le plaisir du début de l'indépendance, à peine entaché par l'argent toujours manquant.



2004: J'avais très hâte de déménager à Montréal après mes études, et finalement j'y serai malheureuse pendant un an. C'est la pire période de ma vie: je me cherche activement une job, mais je ne trouve rien, tandis que tous les autres semblent s'être placés sans problème. Je déprime, je suis d'humeur massacrante, je ne pense qu'à l'argent que je n'ai pas, mes problèmes me semblent sans issu.



2005: Janvier 2005, après huit mois à voir ma confiance en moi s'écrouler, je me décide à recommencer l'école, sans enthousiasme, à l'université Laval pour sauver de l'argent puisque c'est près de chez mes parents, et en histoire, parce que ça me semble être la seule passion qui pourrait me permettre d'aller jusqu'au bout d'un bacc. Je n'ai aucune envie d'étudier et je trouve les historiens très snobs. Mon premier contact avec Laval est mauvais. Pour n'y pas penser, je fais le party: le pub de l'université est le théâtre de mes frasques répétées avec Chantal, ex-coloc de Jonquière, qui est maintenant très proche de moi. On vit notre célibat en grand. Période insouciante, après les huit mois de déprime et de privation. À l'été 2005, je commence à fréquenter Pat, que je laisse rapidement, ayant cerné son inconsistance; deux semaines plus tard, il sort avec... Chantal. Nous sommes brouillées pendant plusieurs semaines. Ça ébranle ma confiance en les hommes... et en tout le monde, en fait. Fin de l'été, je me fais engager comme réceptionniste à Énergie. Ça me comble de joie et je ne prends que deux cours à la session d'automne pour pouvoir travailler à temps plein. Ils me mettent à la porte avec des raisons boiteuses deux mois plus tard. Coup dur. Je suis dégoûtée du monde des médias et je décide de m'investir à temps plein à mes études en histoire, en ne laissant rien m'en détourner.



2006: Deuxième année d'histoire. Je commence à prendre des cours de russe et je prends part, à l'été, à un voyage de dix semaines à Moscou, en Russie. C'est la première fois que je sors d'Amérique du Nord et je le fais toute seule, même si je sais que là-bas, je vais retrouver d'autres Québécois. Je suis très excitée et très angoissée aussi! Moscou, c'est le choc culturel, mais c'est passionnant! Je m'habitue rapidement, même si l'apparente sécheresse des Russes, la difficulté de la langue, et les moeurs étranges me heurtent souvent. À Saint-Pétersbourg, où j'ai fait un séjour de quatre jours, je tombe sous le charme et je prends la décision de me spécialiser dans l'histoire de Pierre le Grand. Je me fais plusieurs amis, dont ma coloc Josianne avec qui je m'entends finalement à merveille, malgré un premier contact incertain, et Orphé, qui restera l'un de mes meilleurs amis par la suite. La Russie, c'est le choc culturel, l'alcool qui coule à flot, la clique de Québécois délurés et beaucoup de temps pour déconner.



2007. Troisième année d'histoire. J'y prends de plus en plus goût, et l'idée de poursuivre à la maîtrise et au doctorat se précise. En février, je me fais engager à la Commission des champs de bataille nationaux comme guide-animatrice: je fais visiter les Tours Martello, qui m'avaient tant charmée étant enfant! C'est une job payante qui me plaît beaucoup, et j'aime beaucoup mes collègues de travail. Enfin, un emploi qui me plaît! À l'été, deuxième voyage d'importance: cette fois-ci, c'est en backpacking que je pars avec ma petite soeur Geneviève. Nous verrons l'Angleterre, la France, l'Italie, l'Autriche, la République Tchèque et la Pologne. Ruineux, mais instructif! Je marche dans les pas de Louis XIV à Versailles, de François 1er à Chambord, de tous les rois de France à St-Denis, de Sissi et de Frantz à Vienne! De marcher dans les traces des morts, ça fait renaître ma vieille obsession de la mort qui m'avait lâchée depuis mes quatorze ans. C'est que l'histoire, avec la déconstruction des concepts de l'église catholique qui, je vous le rappelle, ont bercé mon enfance, fait naître mon doute sur l'existence de Dieu et d'où le renouveau de la réflexion sur la mort. Mais, mis à part mes angoisses morbides, ce voyage reste un trip culturel et historique. L'alcool fait moins partie du voyage: on vieillit, je suppose...


Je suis assez contente du bilan: mes deux voyages, ce sont deux rêves réalisés; j'ai aussi trouvé des projets pour mon avenir, des passions, des buts. Ce n'est pas trop mal. Maintenant, il faudrait faire mes projets pour les dix prochaines années, question de voir dans dix ans si j'ai réussi...
Pour toutes les photos de mon album photo de vie, c'est toujours facebook: http://www.facebook.com/album.php?aid=72321&l=3caf2&id=565345721

1 commentaires:

Mats a dit…

Bon je vois que ça date d'il y a deux ans mais...il est drôle que tu puisse attirer beaucoup de Mathieu :) Spécialement un qui a fait de la radio étudiante plus jeune, qui est autant sinon plus fasciné que toi (ça se peux-tu?) par la Russie pour y avoir été 4 fois (qui plus est, parle le russe), obsédé par l'histoire, la politique, les voyages... Merde! t'étais caché où toute ma vie!