lundi 30 avril 2007

Top 5 de mes sites préférés à Moscou

1. Novodévitchi. C’est un monastère situé un peu à l’écart du centre-ville, c’est-à-dire un ensemble de bâtiments religieux dans un style orthodoxe flamboyant entouré de tours et d’une muraille. Un immense cimetière s’y jouxte, cimetière pittoresque dans le style du Père-Lachaise à Paris puisqu’on y trouve les tombes de personnages imminents tels que Tchekov, Gogol, Khrouchtchev, et membres élites du régime communiste (Boris Elstine vient d’y être inhumé, d’ailleurs). Bien que le monastère, chargé d’histoire (Pierre le Grand y avait jeté sa demi-sœur Sophie, qui conspirait pour lui subtiliser le pouvoir, et avait suspendu aux murailles les cadavres de ses alliés pour la convaincre de ne pas tenter de s’en échapper) et très beau avec ses églises richissimes, soit un lieu charmant où il fait bon se promener, c’est surtout le cimetière qui m’a charmée. C’est que les tombes sont de vraies œuvres d’art qui évoquent la vie du défunt, soit par un buste de lui, ou en illustrant l’œuvre de sa vie ou ses passions. D’autres sont simplement des mises en scène qui expriment de façon très touchante le chagrin causé par la mort : des pleureuses, des visages désespérés, ou, mon préféré, un ange debout à l’extrémité du lot funéraire et qui semble veiller d’un œil tendre sur le sommeil du défunt. Il y avait des tombes marquées par des avions ou des fusées, parce que le disparu avait fait carrière dans l’aviation ou avait pris part à la conquête spatiale; un homme assis avec son chien et qui fumait une cigarette (les gens venaient déposer des piles de cigarettes à ses pieds), des livres ouverts pour des écrivains, une ballerine pour une ancienne danseuse étoile, une mère qui tient son enfant, une rose enfermée dans un globe de verre : chaque lot était une mise en scène de la vie du défunt, c’était très touchant et très artistique à la fois. Le cimetière était immense, on s’y est perdues sous un soleil écrasant, et j’y ait pris plus de photos que nulle part ailleurs à l’exception de Peterhof bien-aimé.
2. Kolomenskoye. C’est un autre grand parc sillonné de sentiers et flanqué de vieilles églises du seizième siècle. C’était un lieu de résidence des tsars, avant même l’époque des Romanov : une des églises qui s’y trouve avait en effet était bâtie par le père d’Ivan le Terrible pour remercier Dieu pour la naissance de son fils ! Il y a une vue à couper le souffle et des paysages naturels idéals pour un pique-nique. Ce qui revient à dire qu’à Moscou, ville de dix millions d’habitants, il ne manque pourtant pas de lieux verts pour traîner par une belle journée d’été!
3. La Place Rouge. C’est cliché, mais c’est impossible de ne pas éprouver une vive émotion en se retrouvant sur ce lieu où chaque pierre vibre d’histoire ! C’est là qu’on y faisait des exécutions massives (Pierre le Grand y fit tuer et torturer 1200 de ses streltsi (mousquetaires), dont certains qu’il tortura lui-même), qu’on faisait les proclamations royales et surtout, image plus récente, c’est là que les Soviétiques organisaient de grands défilés militaires et de grandes manifestations communistes. La première fois que j’y suis allée, c’était le soir de la Saint-Jean Baptiste. La cathédrale Basile-le-Bienheureux est légèrement illuminée et elle surgit à l’autre bout de la Place Rouge, magnifique et excentrique ; en opposition, le GOUM, exagérément éclairé, aveuglait carrément. Nous nous sommes assis sur le sol de pierres et nous avons simplement profité du moment. Il y avait des soldats ivres qui chantaient et qui marchaient au pas, dans une discipline douteuse; ils étaient accompagnés de leurs copines en robes de bal, alors j’ai supposé qu’ils venaient de terminer leur service militaire et qu’ils fêtaient ça. Quel feeling de se trouver là, face à Basile-le-Bienheureux, avec ces soldats russes qui marchaient au pas ! J’y suis retournée plusieurs fois, notamment pour voir le concert des Scorpions (j’ai entendu « Wind of Change » sur la Place Rouge, à deux pas de la Moskova ! génial !) et celui de Shakira et de Black Eyed Peas.
4. Parc Pobédii, ce qui signifie « parc de la victoire ». C’est un grand parc construit pour commémorer la victoire de la Seconde Guerre Mondiale sur les Allemands (les Russes l’appellent la « Grande Guerre Patriotique » et considèrent qu’ils ont gagnés à la guerre à eux seuls – c’est en effet l’URSS qui a payé le plus gros prix en termes d’hommes : 20 millions de morts soviétiques, contre 4,5 millions d’Allemands, 300 000 d’Américains, 41 000 de Canadiens, et 5 millions de Juifs. Les Polonais sont donc les plus grandes victimes après les Soviétiques et à égalité avec les Juifs, avec 5 millions de morts.) C’est un beau parc avec des rangées de fontaines qui, la nuit, s’illuminent en rouge pour symboliser le sang versé pendant la guerre. Le parc compte aussi un musée de la guerre, avec quelques chars d’assaut et mitrailleuses en exposition. C’est un lieu où il est très agréable de se promener par une journée d’été, avec tous les petits restos extérieurs où boire une bière, manger un shashlik ou parler avec de beaux roller-bladers !
5. La plage. Quel plaisir inattendu que d’aller se baigner dans l’eau sale de la Moskova ! Se rendre à cette petite plage dénichée par notre ami français, ç’avait été une vraie aventure rocambolesque comme on peut seulement en vivre en Russie. C’était une plage sur le bord d’une rivière un peu brune, qu’on a découvert plus tard être une branche la Moskova (beurk!) C’était loin des eaux turquoises du Maroc, mais ça m’avait enchantée parce que j’avais passé tout un mois dans le centre-ville étouffant de Moscou, et l’été était caniculaire, je rêvais de patauger et de me faire bronzer! En plus, l’endroit me faisait penser au film Soleil Trompeur, un excellent long-métrage russe (que je vous conseille d’ailleurs), où il y a une scène d’un exercice d’évacuation sur une plage dans le même genre. J’ai pu voir plein de Russes en speedo et des filles qui se faisaient bronzer à poil! Mieux encore, les Russes qui nous accompagnaient nous ont fait manger des écrevisses avec de la bière : wow, quelle journée d’été !

jeudi 19 avril 2007

Parlez-moi d'amour


Vous avez raison, mon titre est vraiment trop intense. Je l'assume pleinement. Je vous explique.
En ce moment, ma vie va très bien. Vraiment, je n'ai pas de raison de me plaindre. J'ai d'excellents résultats scolaires (et ça compte beaucoup pour moi!), ce qui me permet de planifier d'entreprendre ma maîtrise dans un bon programme, et j'envisage vraiment toutes les opportunités qui s'offrent sans discrimination géographique! Pour la première fois de ma vie, j'ai un emploi qui me plaît, dans une ambiance de travail sympathique, avec des collègues agréables, et avec un salaire plus que correct pour une étudiante! Et puis, je pars en Europe dans 66 jours, vour vivre le trip d'une vie - sans oublier que je vais le faire avec une robe d'été noire à pois blancs à faire verdir de jalousie toutes les Marilyn Monroe de ce monde! Et puis, le printemps s'en vient, et c'est tellement une belle période de l'année: terrasses, jupes, bière au soleil! Vraiment, je n'ai pas trop de quoi me plaindre... Mais évidemment, lorsque tout va extrêment bien dans un champ spécifique de notre vie, on se met tout à coup à focuser (anglicisme, excusez-moi) sur l'aspect qui ne va pas bien, même s'il n'y en a qu'un. Celui qui boite et qui traîne de la patte. Dans mon cas, c'est celui des relations avec les hommes. Ce n'est pas que ma vie sentimentale et sexuelle est vide, ou que je n'ai pas de succès du tout avec les mecs... Non, c'est seulement le couple. Oui, celui-là, effrayant, compliqué, problématique. L'Antique ennemi (ok, je viens de faire une référence médiévale... Je vais mettre un "*" et vous en trouverez le sens en bas de mon billet!), le grand Satan, ma bête noire! Ce couple que j'ai mis de côté depuis des années, à l'exception de ma tendre relation avec Leuleu qui m'a permis de vivre des beaux (et moins beaux, mais quand même) moments pendant près de cinq ans et qui s'est terminée en décembre comme vous le savez sans doute. J'ai l'impression que le couple est quelque chose de naturel et de relativement facile pour la majorité des gens, alors que pour moi, le niveau de difficulté de m'engager dans une relation est à peu près le même que pour remporter l'épreuve de la nage synchronisée aux jeux olympiques. Je dois dire que je suis une célibataire heureuse, j'aime faire la fête, j'aime rencontrer des mecs, et j'ai horreur de l'ennui, de la routine, des interminables discussions de couple genre : "tu as fait ça et ça m'a fait sentir comme ça", "je ne suis pas heureuse à cause de ça", "je t'aime et je souhaite que nous réglions ce problème ensemble" (alors que c'est tellement plus simple de le remplacer par un autre ou bien, le cas échéant, par plusieurs autres!) Il y a des filles qui aiment ça gratter les bobos et communiquer, communiquer, essayer de changer un mec... et il y a moi qui dumpe le gars s'il devient problématique. Je sais que je laisse tomber trop rapidement... Mais il y tellement de gars dans le monde! Et vous serez d'accord avec moi que ce n'est pas facile de savoir quand un compromis est acceptable et quand on devient une dépendante affective qui se laisse marcher dessus pour avoir un chum! Moi, je ne prends pas de chance! Il y a des dépendantes affectives, et il y a moi - une indépendante pathologique, visiblement.

Mais bon, le but de ce billet n'était pas de me vider le coeur sur mes questionnements sentimentaux, c'était de faire appel à vous. Je voudrais entendre parler de belles histoires d'amour, les vôtres ou celles de ceux que vous connaissez. J'ai besoin d'être convaincue que l'amour ça peut être beau! J'aurais envie de voir l'amour à nu, dépourvu de tous ces questionnements, de ces problèmes de relation, des craintes qu'il suscite... Juste l'amour en ce qu'il peut (sûrement) être trippant et beau!

Alors c'est un appel à tous: parlez-moi d'amour!

J'avais besoin d'une photo de couple... J'ai résisté à la tentation d'intégrer une autre photo de Sergei Fedorov, ç'aurait été un montage douteux! J'ai donc choisi le seul homme que j'ai aimé... Volontairement choisi dans une position complètement désexualisée, avec une banane dans l'oreille... Man, this is SO Leuleu...

* L'Antique Ennemi, c'est un des termes que les Médiévaux utilisaient pour parler du diable. J'aime bien le terme "Antique" pour désigner les relations de couple, comme si c'était merdique depuis la nuit des temps...

Compteur?

Je pense que le compteur que j'ai mis sur mon site est menteur. D'abord, 43 personnes, c'est trop pour mon blog; ensuite, il ajoute du monde mais vraiment à un rythme étrange. Vraiment, on ne peut plus se fier à rien dans ce monde.

jeudi 12 avril 2007

Pas question de baisser la tête devant la droite!

(Deuxième parenthèse... Avouez que le titre est accrocheur! :)
Ça fait deux ou trois jours que ça m'obsède. C'est la sortie très médiatisée du général Roméo Dallaire (un homme que je respecte beaucoup, d'ailleurs) selon laquelle les Québécois pacifiques sont des hypocrites, des lâches et des égoïstes... Le discours dans le genre: "Faut être prêt à faire des sacrifices pour nos idéaux et la liberté" et tralalala. Et il ajoutait que si le Québec se montrait contre la guerre en Afghanistan, ça signifiait qu'on était un État immature. Je ne vois pas trop le lien, mais lui le voyait.
Ça m'a donc fait réfléchir. Évidemment, je me définis comme pacifiste et je suis contre l'intervention du Canada en Afghanistan, comme j'étais contre la guerre en Irak. À vrai dire, je crois essentiellement aux missions de paix, je crois qu'on peut davantage changer les choses comme ça qu'en imposant nos valeurs par la force. Mais le point n'est pas celui-là. Avez-vous remarqué que depuis un certain temps, le nouveau dada c'est de faire passer les valeurs de gauche (et traditionnellement québécoises) comme désuètes et démodées? Non mais c'est vrai: on élit les conservateurs et l'ADQ, on met des stickers "Choi Radio X" et des stickers "Support our troops" sur nos autos, et surtout - ce qui me fatigue le plus, vous me connaissez -, on raille l'idée de la souveraineté comme quelque chose d'extrêmement démodé (comme si c'était une affaire de mode!) Il ne fait pas bon vivre au Québec en ce moment quand on est gauchiste, souverainiste et pacifiste, croyez-moi! Se pourrait-il que l'assimilation, qu'on craignait tant par la langue, soit en train de venir, mais d'un niveau idéologique? Se pourrait-il qu'on commence à penser comme les Américains? Si c'est le cas, il est temps que j'envisage de déménager en Suède, paradis des socialistes et pays de la justice sociale! Espérons qu'il y a de la place pour une brune socialiste persécutée dans leur paradis blond et gauchiste!
Je plaisante, mais le fond de ma pensée c'est qu'il ne faut pas se laisser fermer la gueule par les discours de droite qui font la loi en ce moment. En Afghanistan, ce ne sont pas "nos valeurs" comme la liberté qu'on va défendre, ce sont les intérêts des Américains qui ne vont nulle part sans y avoir des intérêts. Et même si c'était la question de défendre nos valeurs à l'étranger, de quel droit peut-on aller les imposer au reste du monde avec cette même mentalité millénaire que l'Occidental est le vecteur du progrès, de la civilisation, le détenteur de la vérité? La démocratie, ce n'est pas une valeur qui s'impose de force. Ça prend une société civile qui est prête, et une foule d'autres facteurs de maturité sociale qu'on ne peut pas imposer avec une armée. Et encore là, c'est de supposer que la seule forme d'évolution est la démocratie telle qu'on la connaît. Ce n'est pas tellement plus évolué qu'envahir le Nord-Viet-Nâm parce qu'on ne peut pas supporter que des gens vivent selon un autre mode de pensée que le nôtre! La liberté, ça ne s'impose pas - et, de toute façon, qu'est-ce qui dit qu'il n'existe qu'une façon d'être libre, la nôtre?
Je suis contre la guerre en Afghanistan et je ne suis pas égoïste, lâche et hypocrite! Je pense qu'on peut changer les choses par l'éducation, par l'intervention pacifiste des ONG, par les missions de paix. Le changement est peut-être plus lent, mais il est plus profond, et il ne fait pas couler le sang des innocents. On compte à chaque jour le nombre de petits gars canadiens qui meurent, mais pour chaque Canadien, combien d'Afghans perdent la vie pour la "liberté" qu'on veut leur imposer de force? Il me semble que ce souci-là n'est pas exactement égoïste, n'est-ce pas?
Et je signerai: Joannie, au nom de tous les opprimés gauchistes
(D'ailleurs, s'il y a des gens intéressés à former le club des opprimés gauchistes qui refusent de baisser la tête devant la montée de la droite, faites-le moi savoir, je préparerai des macarons pour tout le monde! :)

Parenthèse sur "La Môme"

Je prends une pause de récits de voyage pour parler brièvement du dernier film que j'ai vu, paru ici sous le titre de La vie en rose et en France sous le titre de La Môme. Il s'agit d'une oeuvre biographique qui relate les événements de la vie de la grande chanteuse française Édith Piaf, née en 1915 et morte en 1963 à seulement quarante-sept ans. J'avais déjà deux ou trois chansons de Piaf sur mon ordinateur, m'intéressant à elle de la même façon que je m'intéresse à toutes ces vieilles stars mortes tragiquement. J'étais donc assez contente qu'on fasse un film sur sa vie.
Ma critique: je crois que c'est un film qui mérite d'être vu, il a beaucoup d'éléments intéressants et la performance de Marion Cotillard dans le rôle d'Édith est à couper le souffle! (D'ailleurs, après être allés voir le film, googlez-la pour voir sa tronche en réalité: la transformation est stupéfiante!) Cependant, j'ai trouvé le choix de présenter les événements de sa vie de façon anachronique, alternant chaque moment de gloire avec un moment de déchéance, entremêlant jeunesse et vieillesse de façon assez confuse, assez mauvais. À moins que le but n'était que de faire une oeuvre romanesque inspirée largement d'Édith Piaf sans prétention biographique, je ne comprends toujours pas quel est l'intérêt de représenter une vie de façon anachronique. La réalité dans la vie, c'est qu'on vit la jeunesse avant l'âge mûr sans avoir conscience de ce qui va arriver. Chaque période est une chose en soi, qui prend son sens par rapport à ce qui s'est passé avant, mais pas par rapport à ce qui se passera après, puisque dans le moment présent, on ignore ce que sera la futur. Une vie, ce n'est pas un film de Quentin Tarantino ou le fait de jouer avec la chronologie crée un effet; une vie, c'est des petits moments présents, avec le bagage du passé et l'espoir de l'avenir, non? Dans le cas de Piaf, ça donne un effet larmoyant: après chaque triomphe, il fallait revenir à l'image d'elle vieillissante, abrutie par la morphine, tremblante, mourante pathétique. Moi j'aurais préconisé l'effet contraire: saisir le moment passager du triomphe, la représenter dans sa force, en y ajoutant le passé de l'enfance difficile qui donne effectivement un sens à sa sensibilité à venir, et puis, chronologiquement, et assez brièvement, le dépérissement - en finissant, comme ils l'ont fait avec brio, sur sa dernière apparition à l'Olympia et avec sa chanson: Rien de rien.
Sinon, deux autres très belles scènes qui valent de louer le film: quand la petite Édith chante La Marseillaise pour gagner quelques sous avec son père, et, ma scène préférée, quand Édith adulte apprend la mort de son amant. Après l'effondrement, on la voit se relever, le décor passe de son appartement à la scène de concert, avec en trame sonore L'hymne à l'amour, symbolisant qu'à présent elle catalysera son chagrin pour le vivre par la chanson! Très, très fort comme image!
Mais le grand mérite du film est à mon avis d'intéresser une nouvelle génération à Édith Piaf. Ça fait une semaine que je chante à tue-tête La vie en rose en roulant les "r". (Je l'ai placée en juke-box: écoutez-la si vous ne la connaissez pas, l'effet est génial: dès les premières notes, on dirait qu'on retombe en 1945 et qu'on danse avec un soldat démobilisé!) Elle est rentrée officiellement dans ma liste de cultes immortels et j'aurai l'occasion d'aller porter des fleurs sur sa tombe au cimetière du Père-Lachaise cet été!
J'attends les commentaires de ceux qui ont vu le film! Merci!

mardi 10 avril 2007

6. La gastronomie

Elle fait penser, à certains égards, à la gastronomie traditionnelle québécoise, avec son abondance de potages, de ragoûts, de patates et de viandes en pâte. Le thé avec des biscuits est également très prisé en Russie. Les gros « samovars », qui servent à verser l’eau bouillante pour le thé, font partie du décor traditionnel russe. Sinon, comme on s’en doute, la vodka est des menus traditionnels, avec du caviar et des poissons fumés, souvent du saumon. Les Russes adorent les champignons et la crème sûre, il y en a dans tous leurs mets, et ils les mangent même ensemble. Il y a une grande diversité de fromages, mais ils ne sont pas très fins. La charcuterie, surtout les salamis et les saucissons de toutes sortes, sont très prisés et pas mauvais du tout. Bémol quant au bacon : il s’agit d’une tranche de lard très grasse qu’il est impossible de faire cuire, alors ça goûte le bacon cru même lorsque c'est cuit. Il faut vraiment avoir une rage incontrôlable de bacon mettons! Orphé, Josianne, Joannie et Alyse devant un "Térémok", chaîne de restaurants rapides qui servente d'excellents blinis...

Voici quelques mets russes que j’ai eu l’occasion d’apprécier lors de mon passage à Moscou :
-Blinis. Un must! Ce sont des crêpes fourrées d’à peu près n’importe quoi, à la façon d’un sandwich. Les « teremok », une chaîne de restaurants de blinis, sont vraiment le « Subway » russe. Mes préférés étaient jambon/fromage, poulet et, le meilleur d’entre tous, saumon fumé, crème sûre et fromage! Mais il s’en trouve également aux champignons, aux patates, et même au caviar (c’est même la version assez traditionnelle du mets). J’ai dû en manger vingt-cinq en deux mois et demi. Pour trois à cinq dollars, le blini était pour moi une source de joie infinie à bas prix ! La version « dessert » existe également, dont le summum pour moi a consisté en une crêpe fourrée de bananes et de chocolat. Délicieux !
Alyse et Josianne dévorant des blinis du Térémok...

-Shashlik. Ce sont des brochettes qu’on fait traditionnellement cuire sur des sortes de barbecue qui consistent en des trous creusés à même le sol où l’on fait un feu et sur lequel on pose une grille. Ils existent sous des formes infinies, mais je crois que la version la plus traditionnelle est celle à base d’agneau, avec un assaisonnement de jus de citron et d’aneth frais. On sert avec une sauce, elles aussi offertes dans une grande variété, mais qui souvent ressemble à une sauce cocktail épicée. J’en ait mangé en quelques occasions dans des restos et je m’en suis fait moi-même à plusieurs reprises. Très bon pour les amateurs de viande!
-Borsch. Il s’agit d’une soupe-potage à base de betterave. J’en hésité longtemps avant d’y goûter, peu attirée par la perspective d’un mets à base de betterave, mais finalement ça a un bon goût d’ail qui m’a charmée. La version « ukrainienne » (la meilleure, dit-on) contient de gros morceaux de viande, ce qui en fait carrément une soupe repas. Ça se mange avec du pain noir. Il existe une variété de soupes russes à découvrir, donc la «schi» à base de chou (je n’y ait pas goûté) et une soupe froide à base de lait dont j’ai oublié le nom. Les Russes font de bonnes soupes qui charmeraient tous les amateurs de bouffe « traditionnelle » québécoise, et elles sont souvent assez consistantes pour faire un mets principal.
-Pelmini. Ce sont des sortes de gros raviolis fourrés de viande, de champignons ou même de patates. Je choisissais généralement ceux faits de porc, que je tenais comme étant les plus traditionnels. Repas de semaine très efficace, pas cher et, selon les sortes, souvent bien bon. La version vareniki est assez semblable. Comme les blinis, ils existent en version « dessert », fourrés de fruits, par exemple. Je n’en ait acheté qu’une fois, des vareniki aux cerises, et j’ai dû faire une erreur à la cuisson parce que l’eau à bouillir était devenu rouge et les vareniki étaient mous et gluants. Je n’ai donc pas de commentaires positifs à dire là-dessus!
-Kartochka. C’est un bonheur culinaire que j’ai découvert un peu sur le tard. Ce sont de grosses patates qu’on remplit d’une garniture quelconque ou, plus souvent, de plusieurs garnitures. Du jambon dans une sauce, des gros morceaux de saumon, des crèmes de fromage, encore une fois la seule limite est celle de votre imagination ! Il y a une chaîne de restaurants rapides qui s’appelle « Krochka Kartochka » qui nous permettait de faire nos mix, c’était très cool ! J’ai découvert les kartochka sur le tard, mais c’est maintenant l’un de mets russes qui me manquent le plus ! Toutes mes tentatives pour en faire ici se sont avérées pour le moins décevantes…

Josianne mange une "kartochka" alors que je mange un shawarma, quelque part sur Novii Arbat.. Je me rappelle que c'était une belle soirée de la fin de l'été et que j'étais au septième ciel devant tant d'éléments de bonheur réunis: Russie, voyage, été, et shawarma.

En plus de la bouffe russe, j’ai pu manger du géorgien et de l’ukrainien. Ça m’a semblé être des variantes de la bouffe russe, mais je dois dire que je n’ai pas tellement d’expérience dans le domaine. Le poulet à la Kiev (poulet farci d’une préparation à l’ail et pané) est un must de la bouffe ukrainienne, je ne pouvais y résister dès qu’il apparaissait sur un menu. Le bœuf Stroganoff est aussi un mets traditionnel, mais je n’y ait pas goûté parce qu’il est fait avec beaucoup de champignons.

Ajouter à cette liste exhaustive les « shawarma », qui appartiennent plutôt à la bouffe arabe que russe, mais qui étaient si présents à Moscou dans tous les petits stands qui peuplaient le bord des routes que je l’associe carrément à la bouffe russe. La culture des « stands », avec des règles d’hygiène douteuses le plus souvent, fait partie intégrante de la culture gastronomique russe. Les stands vendent aussi de l’alcool et des cigarettes – autre indissociable de la culture russe.

C’est le propre des voyages de nous faire découvrir des saveurs qu’on ne trouve pas ici et qu’on passe des années après à rechercher! Pour moi, blinis, kartochka et shawarmas figurent parmi mes premiers objectifs de voyage lorsque je retournerai en Russie!

Une bizarrerie: j'avais commandé un hamburguer au poulet, et voilà ce que ça donnait, une poitrine de poulet sur une boulette de steak haché! Je ne l'ai pas à moitié mangé, mais je l'ai photographié par contre!

dimanche 8 avril 2007

Saint-Pétersbourg, la "Venise du Nord", jour 5 (fin!)

Le lendemain, je me suis levée plus amochée que la veille, car maintenant refroidis, mes muscles étaient plus raqués et plus douloureux que jamais. J’avais l’impression d’avoir mal partout, sans exactement pouvoir déterminer la cause de mes maux; j’avais bien mal à la tête et aux mains à cause de ma chute, mais aussi aux pieds d’avoir trop marché, et au cœur parce que j’étais fatiguée… Néanmoins, c’était la dernier jour à Saint-Pétersbourg, nous quittions à dix heures ce soir-là, alors j’étais décidée à fournir un dernier effort.
Le "Palais Catherine" à Tsarskoïe Salo. Je n'ai pas de meilleur photo, car c'est un vrai défi technique d'éviter les échaffaudages qui se trouvent sur tous les sites historiques de Russie, toujours en perpétuelle "réparation"...

Tsarskoïe Selo est un peu hors de la ville, comme Peterhof, et aussi il fallait rééditer l’exploit de l’électrichka, dans une autre direction cette fois. Encore une fois, nous nous sommes perdues et sommes sorties au mauvais arrêt. J’étais un peu trop lessivée pour m’en amuser, cette fois-ci. Nous sommes finalement arrivées à Tsarskoïe Selo sous un écrasant soleil d’été. Tsarskoïe Selo, qui signifie « Village du tsar », est un domaine où Catherine la Grande fit construire un château de campagne. Il semblerait que Pouchkine s’y plaisait énormément, et c’est pourquoi la ville prit le nom de Pouchkine durant l’ère communiste. L’endroit est magnifique : un grand jardin, où surgit soudainement un immense château formé en quadrilatère dans les mêmes couleurs que Smolny : bleu clair avec les ornements blanc et or. Le château Catherine est si grand qu’il est impossible de prendre une photo qui rende justice à ses dimensions. Nous ne l’avons pas visité, découragées par la longue file à faire au soleil, choisissant plutôt d’explorer le parc qui était somptueux. Des jardins français ornés de statues, un point d’eau où miroitaient quelques bâtiments coquets, l’aile blanche à colonnade ionique, etc., tout contribuait à créer un environnement plein de charme. Mais j’étais exténuée et chaque pas me donnait de nouvelles douleurs. Je me suis traînée d’un banc de parc à l’autre, me détestant moi-même pour cette visite si peu productive alors que j’adorais cet endroit. Nous sommes parties plus tôt que prévu.

C'est un bâtiment secondaire à Tsarskoïe Selo, juste à côté du "palais Catherine". Chef-d'oeuvre du néoclassicisme, d'après mon livre d'histoire d'architecture. L'architecte est un Écossais.

C’était déjà l’heure du départ, et d’un accord commun, nous voulions voir une dernière fois le centre historique de Saint-Pétersbourg. Nous avons traîné là une heure ou deux, marchant le long de la Néva, jetant, pour ma part, de longs regards passionnés vers la forteresse Pierre-et-Paul dont la flèche dorée élevée vers le ciel me fascinait toujours autant parce qu’en dessous se trouvait la tombe de mon héros. Josianne m’a prise en photo, accoudée sur la rambarde près de la Néva, avec ma forteresse bien-aimée en fond; je lui jette un air contrarié, comme si j’étais vexée d’être interrompue dans ma contemplation de la ville, ou, à plus juste titre, comme si j’étais affectée d’avoir à quitter la ville. J’ai, du reste, l’air totalement amochée; c’est probablement la photo où j’ai le plus sale air de toutes mes photos de voyage, et pourtant je l’aime beaucoup, parce qu’elle reflète bien mon état d’âme d’avoir à faire mes adieux à Saint-Pétersbourg.

La photo des adieux...

Saint-Pétersbourg est la Russie européenne, moderne, de Pierre le Grand, alors que Moscou était la Russie archaïque, chaotique, éclectique d’autrefois, la « vieille Russie barbue », comme j’ai déjà lu quelque part. Je ne peux pas comparer ce que c’est de vivre à Saint-Pétersbourg contrairement à ce que c’est de vivre à Moscou, puisque je n’ai expérimenté que la vie dans la capitale; beaucoup disent qu’on s’ennuie assez rapidement à "Piter", alors qu’il y a toujours quelque chose à faire ou à voir à Moscou. Ça ne m’étonnerait pas tellement, parce qu’en effet la ville n’a pas l’ampleur démesurée de Moscou et qu’on a l’impression d’en faire assez vite le tour. Du reste, l’hiver à Saint-Pétersbourg doit être éprouvant, parce que la ville est située assez haute en latitude pour qu’on y vive des journées très courtes en hiver, le climat y est plus humide qu’à Moscou et les inondations y sont fréquentes. Mais il reste que le visiteur est charmé par cette ville surgie d’entre les eaux, par ces demeures classiques qui bordent le fleuve de la façon la plus harmonieuse imaginable, par tous ces lieux où il fait bon traîner par une soirée d’été. La Néva s’anime, les jets d’eau qui sont flanqués près de la pointe de l’île Vassilievski sont illuminés et dansent aux rythmes de spectacles musicaux, ou servent d’écran pour des projections de film laser. Lors de la nuit que nous avons passée à attendre la levée des ponts, le ciel s’est soudainement embrasé de feux d’artifice alors que nous étions à la place des décembristes à prendre des photos avec le « cavalier de bronze », cette statue équestre de Pierre le Grand commandée par Catherine II. La vision que j’aie eu de la ville à ce moment précis était exactement ce dont il avait rêvé : une ville maritime, avec de gros bateaux qui mouillent ses ports, des feux d’artifice qui éclatent dans son ciel, des jeux d’eau somptueux autour desquels les gens se réunissent en admiration! Tout lui ressemblait tant que ce n’était pas sur les quais de Saint-Pétersbourg que je marchais, mais dans la tête de son génial fondateur. Son esprit était partout et je marchais à côté de lui. Ça m’a fait adorer Saint-Pétersbourg pour bien plus que pour l’harmonie de ses châteaux et de ses artères, et à peine avais-je quitté la gare Moskovski que je rêvais déjà de d’autres soirées d’été près de la Néva…

Le "Cavalier de Bronze", statue équestre de Pierre le Grand commandée par Catherine II, qui souhaitait s'ériger comme sa successeure réformatrice.

Saint-Pétersbourg, la "Venise du Nord": Jour 4

La journée #4 devait être consacrée à la visite de l’Ermitage, l’un des plus prestigieux musées du monde, qui pour ma part m’intéressait surtout parce que sa collection principale était située dans le palais d’Hiver, le somptueux château qui m’avait tant coupé le souffle lors de ma première soirée à Saint-Pétersbourg. Le musée est immense : nous nous y sommes perdues, et, n’ayant pas de plan, nous l’avons visité à nous hasard. Je voulais voir un escalier majestueux que j’avais déjà pu observer en photographie et la salle « Pierre le Grand », parce que tout ce qui le concernait me mettait en émoi (ce n’était cependant pas son château, puisqu’il avait été construit après sa mort, mais ses successeurs lui avaient consacré cette pièce). Je les ait trouvées à ma grande joie (et, disons-le, avec beaucoup de chance, vu l’étendue du château).
Une des salles d'exposition de l'Ermitage vu d'en haut. C'est l'exposition des oeuvres de Riopel, "canadskii oudojnik", un "peintre canadien".
J’ai pris une cinquantaine de photos, mais surtout des murs, des plafonds, des lustres et des meubles, plutôt que des œuvres d’art; ma méconnaissance de la domaine m’est apparue criante, et je me suis contentée de photographier les portraits des personnages historiques qui m’intéressaient et quelques tableaux d’artistes dont le nom me disait quelque chose (Rubens, Rembrandt, Valazquez, etc.) Maintenant que j’en sais un peu plus dans le domaine, je suis horrifiée à l’idée de tout ce que j’ai dû manquer par méconnaissance du sujet! Le Palais d'hiver, c.a.d. l'Ermitage, vu de nuit.



Ce soir-là, nous avions décidé de faire une nuit blanche sur les quais de la Neva, afin de voir les ponts s’illuminer et se lever pour laisser passer les gros bateaux. Comme il nous restait quelques heures à tuer d’ici là, nous avons eu l’idée d’aller prendre quelques photos du monastère de Smolny, qui est une belle bâtisse d’un bleu clair aux arêtes blanches, et coiffée de petites coupoles blanc et or. Pour s’y rendre, il fallait prendre le métro et traverser un parc assez beau. J’ai eu la mauvaise idée de choisir d’emprunter un petit pont de bois fait de planches mal clouées, dans le genre que les Russes bâtissent à la hâte un peu partout lorsqu’ils sont en train de faire des réparations et qui n’ont absolument rien de sécuritaire. Le résultat, c’est que je me suis empêtrée les pieds dans une planche plus élevée que les autres et que j’ai fait un vol plané pour atterrir, menton premier, dans un sentir de gravelle. J’avais le menton ouvert et qui saignait abondamment, et les deux mains assez écorchées, l’une à plusieurs petits endroits et l’autre profondément en une seule plaie. Josianne m’a fait bénéficier de ses compétences de secouriste, elle m’a trouvé de l’eau et m’a aidé à me nettoyer. J’avais les jeans couvertes de sable et taché de sang et d’herbe, et ma camisole était également ensablée; nous avons donc convenu qu’il fallait mieux que j’aille me laver immédiatement et que nous allions donc remettre la visite de Smolny à plus tard.

Le petit pont de la mort... Je désigne mes blessures: menton et mains.

Nous sommes retournées à l’auberge de jeunesse où j’ai pris une douche en vitesse. Je n’avais apporté qu’une seule paire de jeans, anticipant qu’en plein moins de juillet il ferait sûrement assez chaud pour que je puisse porter une jupe, et me disant que si ce n’était pas le cas, je n’allais rester que quatre jours à Saint-Pétersbourg et que donc, je pourrais bien porter le même jeans tout le temps. J’ai donc dû enfiler une jupe en jeans bien jolie mais très peu appropriée à la température. Mon souci premier était surtout de trouver de quoi me désinfecter et me panser. Il y avait des pharmacies un peu partout, mais la plupart n’étaient pas « self-service » et il fallait donc que je passe ma commande en russe. Je me suis présentée devant une pharmacienne avec mon dictionnaire ouvert, demandant un « antiseptique et des pansements ». Elle m’a trouvé un antiseptique qui ne sentait rien et ne piquait même pas, et donc que j’ai considéré aussitôt comme étant inefficace, des plasters et du gaze pour m’envelopper les mains. Bien que mon dialogue ait été un peu cahoteux, j’ai considéré l’expérience comme ayant été un quasi succès.Nous nous sommes traînées à Smolny puis au bord de la Néva pour remplir notre programme de soirée.

Le monastère de Smolny, pour lequel j'avais failli me casser le cou! Il est joli quand même, non?

Ma chute m’avait donné mal partout, et la fatigue accumulée les derniers jours commençait à me peser, mais je voulais tout de même profiter de ces derniers moments dans cette ville que j’adorais. La nuit a été longue et les photos prises dans le noir, assez décevantes. L’expérience des ponts s’est terminée vers deux heures du matin, et comme le métro était alors arrêté, nous avons dû marcher jusqu’à l’auberge de jeunesse. Nous l’avons fait en silence, complètement comateuses. Notre seule conversation a été concernant le programme du lendemain : nous devions nous lever tôt pour visiter en avant-midi le « musée russe » et, en après-midi, nous rendre à Tsarskoïe Selo pour voir le château Catherine. Nous avons convenu d’abandonner le projet du musée pour pouvoir dormir jusqu’à neuf ou dix heures, assumant tout à coup que nous n’avions plus l’énergie pour traverser une aussi longue journée avec quatre ou cinq heures de mauvais sommeil dans le corps! Du reste, j’en avais ma claque des musées, et le « musée russe » semblait être surtout l’endroit pour voir des icônes – et ce n’était pas exactement une nouveauté dans mon voyage, il y en avait dans tous les musées qui se respectent.

Photo sur une rive de la Néva, durant notre fameuse "nuit blanche"... Il faisait froid pour être en jupe, comme vous pouvez l'imaginer à mon capuchon!

Saint-Pétersbourg, la "Venise du Nord": Jour 3

Sur la grève qui entoure la forteresse, qu'on voit en arrière plan.

Le troisième jour de visite était le plus rempli : l’avant-midi était consacré à la forteresse Saints-Pierre-et-Paul, dont l’attraction majeure constituait en la cathédrale, où je comptais me recueillir sur la tombe de mon héros. La cathédrale ne ressemble à aucune autre construction russe : avec son clocher pointu et ses murs extérieurs dénudés, elle a davantage l’air d’une église protestante que d’une église orthodoxe. L’intérieur, je n’en garde qu’un souvenir vague, car j’étais obnubilée par les tombes, que j’ai toutes photographiées sur tous les angles par ferveur historienne. Trouvant celle de Pierre le Grand – celle qui attirait le plus de touristes –, j’ai demandé à Josianne de m’y prendre en photo, une photo nécessaire mais qui ne me satisfait nullement (car quel est à l’air à adopter dans une photo avec une tombe? Sourire? Être émue?) Pour être émue, je l’étais. J’ai touché au marbre froid de sa tombe et je me suis sentie toute grisée par mon audace rebelle, d’autant plus qu’aucune babouchka inopportune n’est venue m’engueuler comme c’était toujours le cas lorsqu’on s’approchait trop d’une œuvre d’art dans les musées!
Photo sur la tombe de Pierre le Grand, elle n'est pas belle mais c'est quand même l'une de mes préférées.
Nous avons passé le reste de l’avant-midi dans la forteresse, sans toutefois visiter d’autres musées. À l’extérieur des murs se trouvaient une plage, et c’est là que nous nous sommes les plus amusées, car bien que le climat ne se prêtait pas à la baignade, l’endroit, lui, se prêtait parfaitement à la photo. Après un dîner rapide (un chachlik dévoré en vitesse dans un resto-grotte), nous avons visité la cathédrale Saint-Isaac, qui est une église à coupole construite sur le modèle des monuments de la Renaissance (plan centré, toutes les façades identiques, colonnades, etc.) L’intérieur était outrageusement riche, avec des dorures à ne plus savoir qu’en faire, du marbre à profusion et des œuvres d’art sur chaque centimètre de mur. Le plus intéressant, c’était de grimper sur le toit pour prendre des clichés de la ville. Une expérience à couper le souffle, bien qu’il fallait débourser un autre 100 roubles pour avoir le droit de photographier la ville des airs!
Nous avons poussé l’exploration de la ville jusqu’à l’église Sauveur-Sur-Sang-Versé, qui se fait appeler ainsi parce qu’elle a été construite sous Alexandre III à l’endroit où son père, Alexandre II, s’est fait assassiner par des révolutionnaires (dont faisait partie Alexandre Oulianov, frère de Lénine). C’est une église assez étrange, selon toute apparence imitation de Basile-le-Bienheureux mais dans un style plus éclaté, plus éclectique. Je n’aurais pas su décider si je la trouvais belle ou affreuse, mais en tout cas, elle était trop chère pour qu’on décida d’en visiter l’intérieur. Quelques photos ont suffi à faire notre bonheur.

Pour la première fois du voyage, il faisait assez chaud pour que j'enlève mon manteau! On voit l'étrange cathédrale Sauveur-Sur-Sang-Versé à l'arrière. Je montre la bague en ambre que j'ai achetée à la forteresse plus tôt le même jour, dont j'étais très fière mais qui, hélas, n'a pas eu une longue durée de vie.

La dernière activité de la journée fut une croisière sur la Neva, sur l’un de ces petits bateaux sans toit idéal pour prendre à la fois des photos et du soleil. Cette croisière était à mon avis moins intéressante visuellement que celle sur la Moskova, car à Saint-Pétersbourg les attractions se concentrent dans un espace restreint et dès qu’on s’éloigne du cœur de la ville, il n’y a plus grand-chose à voir, tandis qu’à Moscou il y a des attractions tout le long de la Moskova. Néanmoins, il faisait beau, je venais de vivre une journée dont j’avais rêvée toute ma vie et qui avait été à la hauteur de mes rêves les plus fous, j’étais follement amoureuse de la ville : j’ai donc tout de même grandement apprécié la croisière et le bière « Nevskoy » qui l’accompagnait!

Josianne et moi en croisière sur la Néva. On voit à l'arrière le dôme de la cathédrale St-Issac qu'on a visitée plus tôt, et du sommet de laquelle on a pris de belles photos de la ville (voir "Saint-Pétersbourg, jour 1). Je bois de la "Nevskoy"!

6. Saint-Pétersbourg, la Venise du Nord: Jour 2

Moi, avec mon chapeau de matelot, sur le bord de la mer Baltique. C'est sur la terrasse du Pavillon Monplaisir, à l'extrémité du domaine de Peterhof.


Le lendemain donc, nous étions levées tôt. Le programme était simple : nous voulions commencer par aller explorer une prétendue auberge de jeunesse dont nous avions déniché l’adresse sur internet et qui était moins chère que la nôtre – car nous n’avions pas renoncé à l’idée de couper dans les dépenses de logement. Mais ce petit « détour » s’avéra une vraie course dans la ville, pour encore nous buter à une auberge inexistante. Finalement, après avoir perdu la moitié de la journée dans les rues de Saint-Pétersbourg, nous avons convenu d’accepter fatalement notre auberge et de nous concentrer sur nos explorations.
Autre inconvénient : approchant du cœur de la ville, car nous avions l’intention de prendre le bateau jusqu’à Peterhof et nous devions donc gagner le quai, nous avons croisé une population joyeuse qui arborait des chapeaux de matelots et des costumes de marin. La Néva était animée par des spectacles navals agrémentés de musique classique et des cris enthousiasmes de la foule. Nous avons fini par comprendre que c’était la fête nationale de la marine russe, autre réalisation de mon cher Pierre le Grand. Je me suis laissée gagner par la gaieté ambiante et je me suis achetée un chapeau de matelot aux couleurs de la ville (et, dix minutes plus tard, je ne savais déjà plus quoi faire avec : ah! les achats intempestifs de voyage!)
Mais ça nous posait un autre problème, parce qu’il n’y avait pas de départ de bateau sur la Néva qui était monopolisée par les festivités jusqu’à midi. Nous avons attendus jusque là, pour nous apercevoir que les prix demandés étaient vraiment exagérés. Nous avons donc convenu de trouver une autre option pour nous rendre à Peterhof. Partout dans la ville, on annonçait des autobus qui faisaient l’excursion jusqu’à Peterhof, mais encore là, les prix étaient carrément ridicules. Le temps courait, l’après-midi était déjà entamée. Je me sentais découragée, prête à remettre au lendemain l’aventure Peterhof, mais Josianne s’est écriée : « Tu veux aller à Peterhof ? On va aller à Peterhof ! » Nous avons opté pour le transport en commun : l’elektrichka, c’est-à-dire le train de ville. L’équivalent de deux dollars (au lieu des soixante exigés pour le bateau ou pour les excursions organisées !) pour s’entasser dans un petit train avec d’authentiques Russes – des babouchkas avec leurs foulards serrés sur la tête, des monsieurs à la grosse bedaine qui s’ouvrent une bière en plein transport en commun, de belles filles aux jambes élancées et aux longs cheveux blonds, des garçons de mon âge avec leur air sévère, les cheveux à la coupe douteuse et leurs yeux brillants, mais hermétiques. Puisque nous étions décidément dans une mauvaise journée, nous avons ajouté une nouvelle erreur à notre palmarès : nous sommes débarquées au mauvais arrêt et nous avons dû attendre dans un bled perdu qu’un train en sens inverse ne passe. Je suis persuadée que personne qui se trouvait là n’avait jamais entendu quelqu’un parler dans une langue autre que le russe, ce qui renforçait notre sentiment de n’être pas au bon endroit ! Finalement, une demi-heure plus tard et payant dix roubles pour ces espèces de mini-bus urbains qui font partie du paysage quotidien du Russe moyen (autre exploit langagier, dont nous n’étions pas peu fières!), nous sommes arrivées triomphantes mais déjà brûlées à Peterhof, à trois heures de l’après-midi – et l’heure était ma seule vraie déception. Mais de voir l’immense palais d’été de mon héros russe se dessiner derrière les grosses grilles noires et déjà, mon cœur bondissait dans ma poitrine, tout était oublié encore une fois. J’étais si pressée de traverser le long jardin qui menait au palais que Josianne a dû m’arrêter pour prendre une photo ; sur cette photo, d’ailleurs, j’ai nettement l’expression d’une fillette à qui on oblige de prendre une photo avant de déballer ses cadeaux de Noël et qui a vraiment la tête ailleurs !
La photo en question!

Peterhof (ou Petrodvorets, qui veut littéralement dire : « le palais de Pierre ») est la demeure d’été des empereurs de Russie, et le lieu de résidence préféré de Pierre le Grand. Il est bâti sur le modèle de Versailles, dont il est reconnu pour l’être des plus belles émules. Il avait choisi cet emplacement à 30 kilomètres de la ville parce qu’il était en plein embouchure du Golfe de Finlande, qui lui-même donne dans la mer baltique – bref, c’était le lieu le plus rapproché de la mer qu’il pouvait trouver en son empire. Le palais beige et blanc est impressionnant en lui-même, mais les jardins et les jeux d’eau le sont tout autant. La « grande cascade » située à l’arrière du palais qui, dégringolant de plate forme en plate forme finit par se jeter dans un canal qui lui se jette ultimement dans la mer est un chef-d’œuvre à couper le souffle. Objectivement, c’est l’attraction de laquelle j’ai pris le plus grand nombre de clichés : une bonne cinquantaine, seulement de la cascade !

Une des nombreuses photos que j'ai prises de la "grande cascade". En bas à droite, c'est "Samson et le dragon".

Une des pièces de Peterhof.

Mais Pierre lui-même ne vivait pas vraiment dans ce beau et grand palais, dont j’ai visité les pièces en enfilade (on dit « corps de logis simple » pour parler d’une bâtisse qui ne comprend pas de corridor pour passer d’une pièce à l’autre) avec un grand intérêt, mais dans un petit pavillon situé directement sur la grève et d’où il pouvait voir la mer de son cabinet de travail. À côté du lumineux château de Peterhof, ce petit pavillon, appelé « Monplaisir », est une humble bâtisse de briques selon le style « hollandais », que l’empereur aimait tout particulièrement, et qui rappelle, par son plan, étrangement une écurie (mon appréciation personnelle). Je n’ai pas pu le visiter à cause de l’heure, mais je m’y suis promenée et j’ai pris quelques photos sur la grève rocheuse qui donnait sur une belle mer bleue. Le pavillon Monplaisir n’est pas dénué de charme, mais ça paraît extravagant de vivre dans un tel endroit quand on a un aussi beau château que Peterhof; tout ce que j’en sais, c’est qu’étrangement Pierre le Grand, parmi autres excentricités, n’aimait pas vivre dans des pièces dont les plafonds étaient hauts, d’où le peu d’envie de vivre dans un nouveau Versailles. Peterhof fut donc davantage habité par ses successeurs que par lui-même.

Le pavillon Monplaisir, ou Pierre vivait avec sa femme Catherine et qui correspondait davantage à ses goûts. En effet, il était un grand amateur de tout ce qui était hollandais, surtout leur art maritime.

Saint-Pétersbourg, la "Venise du Nord": Jour 1

Vue de la ville, à partir de la cathédrale St-Isaac. L'Amirauté en premier plan et la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul de l'autre côté du fleuve.

Depuis mon arrivée en Russie que je jubilais à l’idée d’aller virer à Saint-Pétersbourg. J’espérais y aller presque aussitôt arrivée au pays, parce qu’à la fin juin la ville vit ses « nuits blanches », une période où, semble-t-il, le coucher du soleil et son lever se font presque simultanément, et où la ville baigne dans une très grande animation. Mais l’agitation de l’arrivée m’avait forcée à remettre ce projet à plus tard. C’est finalement à la fin juillet, près d’un mois après mon arrivée, que ma coloc Josianne et moi-même avons décidé de mettre à exécution notre projet. Nous avons réservé une chambre via internet dans une auberge de jeunesse qui avait l’air sympathique et nous avons acheté des billets de train – procédure qui peut sembler simple mais qui, en Russie et pour des gens qui ne maîtrisent pas la langue, tourne aisément au cauchemar. Si quelqu’un m’annonçait demain que l’enfer c’était de passer l’éternité dans une gare de train russe à chercher un billet de train pour Souzdal, confrontée à des files d’attente interminables, des caissières désagréables qui vous renvoient au bout de la ligne parce que vous ne comprenez pas ce qu’elles disent, le jeu du : « Ce n’est pas ici, c’est à l’autre étage ! », « À l’autre gare de train ! », « À l’autre guichet! », si c’était officiellement ça l’enfer, eh bien ! je deviendrais sainte sur l’heure ! Josianne et moi (très amochée!) dans le train entre St-Pet et Moscou.
Enfin, je vous épargne les péripéties de l’achat du fameux train pour « Sankt Pieterbourgue ». Le fait est qu’à minuit moins cinq, un samedi soir de juillet, nous montions à bord de notre wagon aussi excitées que des écolières à la dernière journée d’école. Pour ma part, je me sentais comme Anna Karénine; sachant que c’est dans un train qui faisait le trajet Moscou-Saint-Pétersbourg qu’elle a rencontré son bel amant, le comte Vronskï, il y avait de quoi être d’humeur romantique ! (et ignorant que c’est en se jetant devant un train qui faisait le trajet Moscou-Saint-Pétersbourg qu’elle s’est tuée!) Mais mon « humeur romantique » est tombée assez vite : le voyage était long, interminable ! Pour un trajet qui aurait dû prendre moins de huit heures, nous étions coincés là pour douze heures. Le train s’est immobilisé pour faire des livraisons en pleine campagne russe, en pleine nuit, et ce pendant deux heures entières. Le wagon s’est refroidi au point de nous laisser transies, à claquer des dents, et assez peu rassurées par l’ambiance générale. De plus, il y avait une bande de gars russes qui s’étaient ouverts des bières dès la première minute du trajet et qui étaient maintenant passablement saouls. Ils parlaient fort, riaient, sans sembler s’apercevoir qu’ils dérangeaient tous les autres passagers qui tentaient de dormir. C’est un phénomène qui se remarque assez en Russie : cet espèce de manque de civisme, ou plutôt de conscience de l’autre, qui rend la vie en société chaotique et désagréable. Pourtant, ils n’ont pas conscience d’être dérangeants. Là-dessus, ils me font penser aux Américains : pleins de bonne volonté, mais dérangeants, sans être capable de comprendre pourquoi.
Il était passé midi lorsqu’on a annoncé la gare Moskovski, c’est-à-dire celle de Saint-Pétersbourg (il faut donner ça aux gares russes : leur nom indique assez clairement où elles se proposent de nous amener!) Nous étions claquées, mais trop heureuses de sortir de ce wagon de misère pour ne pas nous précipiter vers la sortie. Nous avons choisi de nous diriger à notre auberge de jeunesse via le métro, ce qui nous a permis de constater que le métro de Saint-Pétersbourg est tout « moins » que celui de Moscou : moins grand, moins beau, moins efficace. Mais il nous a mené à l’endroit voulu ; le vrai problème est arrivé lorsque nous nous sommes retrouvés audit endroit et que nous avons constaté que l’auberge de jeunesse à laquelle nous avions réservé n’existait pas.
Deux filles à Saint-Pétersbourg, en plein après-midi d’un samedi de la semaine la plus achalandée en tourisme de toute l’année, sans hôtel ! Plus : nous ignorions où trouver un hôtel, sachant en plus notre budget plus que limité ! Nous en aurions pleuré de désespoir, mais l’urgence de la situation nous a obligées à nous débrouiller – une fois encore.
Josianne se souvenait qu’il y avait quelques adresses d’hôtel dans l’un de ses guides de voyage. C’était très limité et, pire, il n’y avait pas d’indice de prix, mais c’était un début. Nous espérions qu’en nous pointant dans un hôtel trop cher, ils nous dirigeraient ailleurs, ou encore nous pourrions trouver un accès à Internet pour faire des recherches. Nous avons posé notre choix sur un hôtel qui s’annonçait comme « youth hostelling », ce qui nous laissait présager que ça ne serait pas trop cher, et, après une autre promenade dans le métro et s’être carrément perdues dans les rues de la ville (que voulez-vous, nous ignorions qu’il y avait six rues « Sovietskaya » parallèles !), nous sommes enfin arrivées à une espèce d’auberge de jeunesse propre, rassurante, mais dispendieuse pour le service offert : à peu près 35 $ pour un lit dans un dortoir. Nous nous étions entendues d’avance pour accepter une chambre plus chère pour le premier soir s’il le fallait, alors nous n’avons pas discuté ce choix, trop heureuses qu’il reste des places en une semaine si achalandée. Nous avons cependant convenu, le lendemain, d’explorer s’il n’y avait pas des options moins chères. Du reste, notre hôtel, tout propre qu’il était, était ennuyant à mourir : il y était même interdit de boire – ce qui, à ma connaissance, signifiait qu’il était le seul endroit dans toute la Russie où il était interdit de boire ! Mais bon, l’urgence était au tourisme.
Nous avons décidé d’employer notre première soirée à explorer tranquillement le centre-ville historique. Nous avons donc remonté la perspective Nevski jusqu’à ce qu’au bout de cette belle artère surgisse l’immense palais d’hiver, cette grande demeure impériale vert forêt flanquée de statues et de colonnes blanches dans le goût néo-classique. Juste devant, la grande place du palais, avec l’imposante colonne Alexandre : c’était à couper le souffle, si volumineux qu’on ne trouvait pas le moyen de prendre des photos qui rendaient bien compte de l’aspect général de l’endroit. Moi, j’étais en pâmoison. Tous les tracas de la journée, l’interminable voyage en train, les soucis avec l’hôtel, tout était oublié : j’étais dans la ville de Pierre le Grand, telle qu’il l’avait imaginée, telle qu’il l’avait souhaitée, telle qu’il l’avait aimée ! Le palais d’hiver m’avait fait crier des : « Oh ! c’est tellement beau ! oh! incroyable! », mais déjà, impatiente, je papillonnais vers un autre endroit, arrachant Josianne à ses photos. J’étais attirée par le bord du fleuve, par l’impétueuse Néva qui vous donne un grand coup d’air marin dès que vous vous en approchez. J’ai dépassé le palais d’hiver et je me suis approchée de la rive, des étoiles dans les yeux et seulement des : « oh ! mon dieu ! » aux lèvres.

Moi devant le Palais d'Hiver, sur la "place du palais", qui à l'époque soviétique servait à de grandes démonstrations militaires.


Saint-Pétersbourg est une ville bâtie sur le carrefour de plusieurs îles – pour ne pas dire : sur un marécage –, ce qui lui a valu le surnom de la « Venise du Nord ». En 305 ans d’existence, elle a été inondée 303 fois. C’est une ville sortie tout droit des mains de Pierre le Grand qui ne supportait pas de vivre éloigné de l’eau et qui haïssait Moscou parce qu’elle était trop continentale ; ayant conquis cette partie de territoire qui appartenait auparavant à la Suède, il s’empressa d’y construire une forteresse, puis l’idée germa dans son esprit d’y implanter toute une ville où il pourrait s’abreuver du bon air marin. C’était en 1703. Il s’enthousiasma rapidement pour son projet et força les délais : une ville émergea des marécages, au prix de la mort de centaines de milliers de travailleurs et de la paralysie de tout le reste du pays, car il avait drainé toutes les ressources pour alimenter son « paradis », que du reste, il était le seul à considérer comme tel. Il força les nobles à déserter la « sainte Moscou » et à s’installer à Saint-Pétersbourg, où il leur ordonna de se faire construire des demeures à l’européenne. Il fit de son « paradis » la capitale russe, au grand scandale de toute la noblesse attachée à la sainte capitale des tsars, et qui était horrifiée par le climat humide, les moustiques, les inondations. Celles-ci faisaient chuchoter que la nature finirait par engloutir cette ville qui essayait de la forcer. Mais Pierre s’obstina. Et sa ville devient la belle cité impériale qui resta la capitale russe jusqu’à la Révolution de 1917. Ce qui en reste, c’est des îles qui convergent en un point d’où s’élèvent des palais néo-classiques dont la plus belle face est tournée vers la Néva. De la rive du palais d’hiver, on voit, de l’autre côté, s’élever vers le ciel le clocher doré de la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, entre les enceintes de la forteresse du même nom. C’est le noyau historique de la ville, c’était de là que tout était parti. Dans les murs de la cathédrale reposent les tombes des empereurs et des impératrices de Russie depuis 1725, c’est-à-dire depuis Pierre le Grand. Mon regard était irrésistiblement attiré vers cette cathédrale où je me promettais déjà d’aller.

La forteresse Saints-Pierre-et-Paul, avec la cathédrale du même nom.

Nous avons marché le long de la rive et vu l’Amirauté, dont la flèche dorée surmontée d’une caravelle – le symbole de la ville, qui ressemble étrangement au symbole de la ville de Québec d’ailleurs – s’élance vers le ciel. J’ai pris quelques photos, mais Josianne commençait à traîner des pieds, elle était épuisée, et j’étais d’accord avec elle pour dire qu’il valait mieux se coucher tôt pour affronter la longue journée du lendemain. Parce que le lendemain, c’était la visite de Peterhof ! J’en trépignais déjà !

L'Amirauté.