mercredi 31 décembre 2008

Pensée du Nouvel An : solidarité à la Palestine


Pour la majorité d'entre nous qui ne connaissont à peu près rien du conflit israélo-palestinien, sinon que les Palestiniens se font exploser et que les Israéliens répondent en leur tapant dessus, ce qui produit une impression d'incompréhension mêlée de l'opinion fort inutile que "ces gens-là seront toujours en guerre", voici un résumé très, très sommaire des origines du conflit.

Dans l'Antiquité, il existait une État juif, le royaume d'Israël, en Palestine. Cet État a fini par être conquis et les juifs sont été dispersés à travers le monde: ça s'appelle la diaspora et ça explique pourquoi à l'aube du 20e siècle, il y avait des juifs un peu partout dans le monde. Tout au long de leur histoire de peuple apatride, les juifs ont été victimes de persécution: dès le Moyen Âge, ils étaient mis dans des ghettos (le mot a d'ailleurs été inventé juste pour eux en Italie), accusés de toutes les épidémies, de toutes les famines, et persécutés; forcés de se distinguer en portant, notamment, l'étoile de David, etc. La Russie avec ses pogroms (massacres de juifs organisés), était particulièrement active du point de vue de la persécution. Ainsi, l'holocauste orchestré par les Nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale ne doit pas être perçue comme un phénomène isolé, mais bien comme "l'apothéose", horrible il est vrai, d'un phénomène latent depuis des siècles.

En 1945 donc, l'Occident découvre le génocide juif, organise de vaste procès pour condamner les coupables et invente une série de termes pour définir ce qui venait d'arriver: "génocide", "crime contre l'humanité", etc. Surtout, la communauté internationale a permis la reconstitution d'un État d'Israël: ainsi, mettant un terme à leur condition d'apatride (sans patrie), les juifs pouvaient retourner vers la "terre promise" et y vivre dans un État qui était le leur. (Ce mouvement s'appelle le mouvement sioniste: retour vers la terre de Sion).
Ça sonne très bien comme ça, surtout au sortir du plus effroyable génocide de l'histoire de l'humanité. Mais il y avait quelques petites difficultés techniques. La première, c'était que la Palestine n'était plus inoccupée: depuis des siècles, des Arabes y vivaient maintenant, les Palestiniens. L'ONU a soigneusement découpé le territoire, mais d'une façon qui ne faisait pas l'unanimité, ni d'un côté, ni de l'autre. La question de la ville de Jérusalem était particulièrement délicat, vu son importance religieuse tant pour les juifs que pour les musulmans (et pour les chrétiens aussi, d'ailleurs), et c'est pourquoi elle a été placée sous le contrôle de l'ONU. Les Palestiniens, supportés par l'ensemble des pays arabes, ont rejeté le plan de partage. Bien que les accords de partage prévoyaient la création d'un État palestinien, celui-ci n'a jamais été officiellement créé et les Palestiniens se sont retrouvés à leur tout apatrides. Au cours des nombreuses guerres qui ont éclaté entre Israël et la Palestine, Israël a grignoté du territoire palestinien (dont Jérusalem, qu'elle a déclaré être sa capitale - mais la communauté internationale ne l'a pas reconnue comme telle) qu'elle occupe militaire. Les Palestiniens des territoires occupés se retrouvent, pour la plupart, dans des camps de réfugiés. Ces camps sont d'excellents foyers de terrorisme, on le conçoit facilement: des milliers de personnes détenues sur leur propre territoire ou rejeté de celui-ci, c'est effectivement un terreau idéal pour la violence.

Israël a un allié de taille, les États-Unis, qui le fournissent notamment en armes, ce qui explique l'incroyable supériorité de ce minuscule État sur leur voisins arabes. Il bénéficie également de l'appui tacite de la communauté internationale qui n'ose pas contester ses politiques. On sait déjà que de contester Israël, c'est encourir d'être taxé d'antisémite, comme si l'un avait un lien avec l'autre. À cause de la complaisance de la communauté internationale, encore porteuse de son sentiment de culpabilité hérité en 1945, les Palestiniens sont laissés à eux-mêmes. La vérité est qu'Israël utilise des moyens de répression absolument discutables et qu'il faudrait au moins avoir le courage d'en discuter.

L'actualité prouve que le problème n'est pas réglé. Aujourd'hui, Israël a fondu sur la Palestine avec toute la force de son armée pour répondre à un acte terroriste complètement disproportionné. Et la communauté internationale se contente de grimacer sans rien dire, comme si les Israéliens étaient intouchables.

Il ne s'agit pas de contester l'horreur du génocide juif que de s'insurger contre les politiques de l'État d'Israël. La culpabilité ne doit pas faire perdre son sens critique. C'est facile de blâmer les Palestiniens pour leurs actes terroristes (qui sont blâmables, en effet), mais il faut aussi prendre en considération l'état démuni dans lequel ils se retrouvent avant de porter un jugement. À mon avis (mais il ne s'agit que d'un opinion sans prétention) et aussi peu politically correct que ça puisse paraître, je considère que la communauté internationale a été irresponsable d'autoriser la création d'un État d'Israël dans un territoire appartenant à un autre peuple. Il serait temps qu'elle prenne ses responsabilités pour venir en aide au peuple qui est maintenant opprimé par sa faute. Surtout, il est temps d'arrêter de se laisser intimider par Israël à cause de la vieille culpabilité de 1945. Israël est un État qui pose des gestes politiques. De les critiquer n'a rien à voir avec le sentiment qu'on a face au peuple juif. Point à la ligne!










lundi 29 décembre 2008

Épiphanie d'après Noël

Je ne suis pas quelqu'un de particulièrement empathique. Je ne donne jamais d'argent aux sans-abris parce que, quoiqu'on en dise et aussi mal que ça puisse paraître de la part d'une fille choyée par la vie comme moi, je ne comprends pas qu'on se retrouve à quêter pour survivre au Québec. Si je voulais contribuer à lutter contre la pauvreté au Québec, il est certain que je donnerais de l'argent à un organisme et non à un itinérant qui quête, car je considère que cette deuxième option non seulement n'aide pas mais contribue à aggraver le problème. Je n'éprouve pas de compassion pour les filles qui ont des chums merdiques: à mon avis, si elles n'ont pas le courage de s'en aller, elles n'ont que ce qu'elles méritent. Bref, je ne crois pas avoir besoin d'élaborer plus longuement sur mon manque d'empathie pour les faibles et les miséreux: j'ai là-dessus un petit côté regrettablement républicain de "on a ce qu'on mérite dans la vie" et "aide-toi, le ciel t'aidera".
Certaines choses, par contre, me touchent profondément. J'avais été bouleversée par l'histoire des filles excisées, tant pour la cruauté physique de la chose que pour l'épouvantable symbolique du geste; en Russie, j'avais été sous le choc de voir des jeunes femmes quêter avec leur bébé dans les bras, et encore plus lorsqu'un ami m'avait parlé d'un possible trafic de bébés drogués fournis par la mafia russe pour stimuler la générosité des passants; j'avais été horrifiée par le génocide rwandais; et je suis toujours aussi révoltée par le sort du peuple palestinien, l'un des plus opprimés du monde (je n'oserais pas dire "le plus opprimé", par conscience de mon ignorance personnelle sur la question et parce que j'ai toujours défendu que le malheur ne se quantifie ni se compare). Aujourd'hui, nouvelle horrible découverte: un reportage sur les orphelins de Ceausescu, en Roumanie. Dans le cadre d'une politique nataliste, le président communiste roumain avait interdit l'avortement et, si j'ai bien compris, la contraception. Comme le niveau de vie était désastreux, il en a résulté une véritable culture d'avortements illégaux (une femme déclarait dans le reportage: "la femme roumaine apprend à cuisiner, à élever des enfants, et à pratiquer des avortements") et une tonne d'enfants abandonnés. Les enfants étaient donc stockés dans des conditions déplorables, à peine nourris, jamais changés, très peu touchés. Pour tenter de sauver des enfants mourant de faim, on a eut l'idée géniale de leur donner des transfusions de sang provenant du sang des travailleurs du port. Des transfusions de sang provenant de marins, en pleine décennie 80: évidemment, il en a résulté une épidémie de sida. Plus que tout autre, ces enfants séropositifs étaient abandonnés à eux-mêmes et mourraient sans jamais avoir été bercés. Les images de ces enfants étaient particulièrement troublantes: ils n'avaient pas les rondeurs des bébés mais avaient plutôt l'air de minuscules adultes décharnés, couverts de plaies et chauves. Le reportage parlait aussi du "trafic" de l'adoption: ces grosses Américaines qui arrivaient à Bucarest en disant: "Je veux un enfant blond aux yeux bleus", comme s'il s'agissait de l'achat d'une voiture. Particulièrement insultant pour les dames qui s'occupent de leur mieux de ces enfants délaissés.
En voyant ces femmes dévouées à la cause des orphelins, j'ai pris la pleine mesure de l'inutilité de ma propre existence. C'est quoi mon temps des fêtes? Me coucher à quatre heures du matin et me lever à deux heures de l'après-midi, et n'avoir rien fait d'important ou même de notable entre-temps. Plus généralement dans ma vie, je constate que je ne fais jamais rien pour rien: le travail pour l'argent, l'école pour les résultats... Mortifiée de mon inutilité humaine, j'ai filé 100$ à l'UNICEF Russie, mais ça n'a pas vraiment comblé mon soudain et urgent vide intérieur! Qu'est-ce qu'on fait quand on se réveille soudainement dans la mi-vingtaine et que ce n'est plus si valorisant de vivre de débauche en débauche, de ne jamais se faire chier par personne et de ne penser qu'à
sa carrière, sa vie, ses amours, qu'à soi-même au fond ? Quelqu'un a de l'inspiration ?